Illustration du thème

La liste de ceux qui s'ouvrent généreusement

Ouvertures rossiniennes

Ce bon vieux Gioachino Rossini en a pondu, des opéras… Et dans la tradition de l'époque, scrupuleusement respectée par le compositeur, il était d'usage d'ouvrir tout opéra par un morceau symphonique, histoire de chauffer l'orchestre et le public, avant de lever le rideau et de laisser apparaître les chanteurs. Ce morceau donnait généralement un avant-goût des thèmes que l'on allait entendre tout au long de l'opéra. Il était aussi censé en donner l'ambiance générale, ou au moins de son premier acte. Ce morceau s'appelait une ouverture. Et Rossini a ceci de particulier que ses ouvertures ont plus marqué les oreilles que le reste de ses opéras. Vous les connaissez toutes. Venez mettre un nom dessus.


La gazza ladra (La pie Voleuse)

Les fans de Kubrick et surtout de son film "Orange mécanique" connaissent ce morceau par cœur, puisque le réalisateur l'utilise dans son intégralité durant une scène de bataille entre bandes rivales. Pour moi, il s'agit de la meilleure ouverture, classiquement construite, thématiquement riche. Dans l'ordre, on trouve : après quelques roulements de tambour, une marche au ton très solennel, quasi martial, qui utilise d'emblée la totalité des pupitres. Le thème est assez développé, et se permet même plusieurs modulations (à 1'00" et à 1'45"). Changement d'atmosphère à 2'10" : l'orchestre ne ménage pas ses effets pour mieux ménager le suspense… roulements de tambour, mouvement cyclique court… accords successifs. Démarre alors un thème haletant (2'35"), serré, nerveux. Courte pause par pas ascendants (2'54"), avant de reprendre. Le mouvement cyclique gagne en puissance, laissant entrevoir une résolution pompeuse et pompière (3'27"). Le jeu se calme en moins d'une minute, pour laisser place au thème central (4'27"), aussi subtil et serein que le précédent balayait tout sur son passage. Porté par les cordes, il semble flotter. Le motif du thème se répète et réveille à chaque passage plus de pupitres. A la troisième reprise, alors que les cordes et les bois entonnnent le thème, les percussions et les cordes basses martèlent un ostinato. Maîtrise orchestrale extraordinaire. Le tout s'enfièvre et éclate (6'06") pour reprendre le thème "pompier". Suivi peu après du thème "nerveux" (6"35"), qui enchaîne sur le thème "serein" (7'03"). Repris sans modifications, les percussions ré-apparaissent discrètement à la troisième exposition du motif. La quatrième exposition met en avant un contre-chant à la tierce supérieure avant une nouvelle explosition plus contrôlée (8'43") que la première fois… pour mieux ménager le final (8'58"), d'un tempo plus élevé, qui conclut sur un grandiose accord de mi majeur.
Les passages connus : en dépit de son utilisation dans Orange Mécanique, ce n'est pas l'œuvre la plus exposée, ni dans les compilations, ni dans la pub. Aussi peut-on dire qu'on la connaît ou qu'on ne la connaît pas. Le passage le plus familier sera quand même le thème central (à 4'27").

Compositeur Gioachino Rossini
Ajouté le 12 décembre 2004

Merci à Paul-Lionel

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Il barbiere di Siviglia (Le barbier de Séville)

L'autre ouverture qui a ma préférence. Elle a un petit côté Mozart incontestable, et surenchérit peu dans le spectaculaire (point de grosse caisse, en fait il n'y a pas de percussion du tout). On trouve d'abord, après quelques accords introductifs, une entrée en matière très douce, avec un thème (à 0'57") qui reste en suspension sur de nombreuses mesures, et qui suit un mouvement globalement ascendant. Quelques accords marqués (1'57") le séparent du second thème (2'07"). Le tempo se resserre, la tension s'épaissit et tous les pupitres s'engagent dans une mini-bataille (2'34")… avant de se fondre dans un pianissimo qui monte en même temps qu'il s'amenuise (3'14"), ménageant le suspense (3'24") pour le troisième thème (3'29"). Le cœur de cette ouverture. Serein, épanoui, souriant, il s'élève doucement avant de retomber promptement sur ses bases. Un chant doux (4'03") assure la transition avant une montée maîtrisée de l'orchestre (4'13"), qui martèle les derniers accords (4'43"). Revient le second thème (4'53"), identique avec son tempo toujours aussi serré. Mais là où pouvait s'attendre à ré-entendre la mini-bataille, surgit le troisième thème (5'23"), toujours ponctué en fin de phrase d'une petite remarque des cordes. Reviennent alors la même transition(5'54") et la même montée en puissance de l'orchestre (6'06"), mais d'emblée plus étoffés… on sent la fin approcher, l'orchestre va tout lâcher. Le dernier accord de mi majeur n'en finit plus d'être brodé (6'53") !

Compositeur Gioachino Rossini
Ajouté le 12 décembre 2004

Guillaume Tell

Difficile de s'imaginer à l'écoute de l'introduction de cette ouverture que l'on est en train d'entendre l'une des plus célèbres ouvertures de Rossini. D'abord parce que ce passage ne dira probablement rien à la plupart des auditeurs. Ensuite parce qu'on a plus l'impression d'écouter un quatuor à cordes qu'un orchestre symphonique. Seul le roulement de timbales (à 1'35") nous rappellera que les solistes que nous entendons ne sont pas tout à fait seuls. Et enfin parce que cette ouverture Rossinienne est plutôt grave. Le doute ne se dissipera qu'à 3'16". L'orchestre bruisse d'abord avec une fièvre cachée, avant qu'éclate enfin le véritable premier thème (4'10"). Guerrier, enfiévré, romantique pour le coup. Déchaînement, combat, élans puissants, les coups de cymbales et de cuivres pleuvent. La tempête semble se calmer quelque peu (5'00"), mais pour quoi ? Pour un thème bucolique (6'00") entonné par les bois (flûte, hautbois). On entend la forêt et ses petits oiseaux… Calme et volupté sylvestre se répandent ainsi pendant plus de deux minutes. Il est brutalement coupé (8'38") par les cors qui fendent la forêt de leur galop enfiévré. Brave, serré, ce thème est une occasion pour le gros orchestre de montrer son agilité. Quelques petits exercices de virtuosité lui sont même réservés. Il se termine dans une conclusion tourbillonante et martelée (10'30").
Comparée aux deux précédentes, cette ouverture revêt un aspect beaucoup plus romantique et descriptif. Il s'agit moins ici d'établir des thèmes que des ambiances. La structure de cette ouverture est donc fort simple à établir : quatre atmosphères s'y succèdent.
Les airs connus : il s'agit bien sûr et uniquement du thème chasseur et galopant à 8'38". Les auditeurs de France Inter l'auront tous reconnus pour être le générique du "Carrefour de l'Odéon".

Compositeur Gioachino Rossini
Ajouté le 12 décembre 2004

Semiramide

Tout comme pour Guillaume Tell, cette ouverture doit sa célébrité à un unique passage… Après une entrée en matière tonitruante et véloce, l'exposition du premier thème, particulièrement mélancolique, est confiée aux cuivres. A 1'55", ce premier thème est interrompu par des accords tranchants. Mais il revient, cette fois entonné par les bois. Les accords tranchants réapparaissent à 3'30". Le premier thème se dissout, laisse la place au même mouvement véloce du début. Apparaît le second thème, beaucoup plus frais et souriant (4'30"), fait d'une même note répétée de façon très serrée par les cordes, dont la virtuosité est une fois de plus sollicitée. Après une légère envolée (classique chez Rossini), s'élance le troisième thème (6'15"), faussement anodin et plus empesé que le précédent. Mais ce léger excédent pondéral est là pour mieux masquer l'ampleur et la vigueur qu'il va prendre. Tout se calme à 7'55", pour mieux préparer le retour du second thème (8'18"). Celui-ci reste dans la même tonalité durant ses deux premières expositions, mais s'infléchit tonalement à la troisième pour enchaîner sur des accords braves et cravachés. Mais point de surprise ensuite : le troisième thème revient à son tour, félin faussement calme (quoique le piccolo qui reprend le thème n'évoque qu'assez peu les félidés…) Le tout se termine dans le classique tourbillon, toujours aussi maîtrisé malgré le déferlement sonore que la partition demande à l'ensemble des pupitres.
Les passages connus : au nombre de deux, ce sont les deuxième (4'30") et troisième (6'15") thèmes.

Compositeur Gioachino Rossini
Ajouté le 12 décembre 2004

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Mode d'emploi

Les indication de temps ci-contre se réfèrent à la version par Riccardo Chailly. 1'13" signifie que le passage dont il est question commence à une minute et treize secondes après le début du morceau. Attention, les MP3 étant encodés en bitrate variable, la fonction "saut" de votre lecteur (par exemple Winamp) peut être approximative et ne pas donner une indication réaliste du temps réellement écoulé.

Qui c'est qui joue ?

Tous les extraits ci-contre proviennent d'un unique CD, consacré aux ouvertures de Rossini. Elles sont exécutées (au sens noble du terme) par le National Philharmonic Orchestra, sous la baguette experte de Riccardo Chailly. Le double-CD est édité chez Decca (lien).

Quand compose-t-on une ouverture ?

J'attendis jusqu'à la veille du jour fixé pour la représentation. Il n'est pas de chose plus stimulante pour mon esprit que l'urgence, la présence d'un copiste qui attend votre travail ou l'affolement d'un impresario angoissé qui s'arrache les cheveux. A mon époque, en Italie, tous les impresarios étaient chauves à trente ans. J'ai composé l'ouverture d'Otello dans une minuscule pièce du palazzo Barbaja où le plus chauve et le plus cruel des directeurs m'avait enfermé de force, sans rien d'autre qu'un plat de maccaronis et la menace de ne pouvoir quitter cette pièce de toute ma vie tant que je n'aurais pas écrit la dernière note. J'ai écrit l'ouverture de La gazza ladra le jour de la première représentation, au dernier étage de la cage de l'escalier où je fus jeté en prison par le directeur et surveillé par quatre machinistes qui avaient reçu l'ordre de jeter mon texte original, feuillet après feuillet, par la fenêtre, à des copistes qui attendaient en bas pour le transcrire. A défaut de papier à musique, ils avaient l'ordre de me jeter moi-même par la fenêtre. Pour le Barbiere, ce fut plus facile, je ne composai pas d'ouverture, mais j'en repris une que j'avais écrite pour un opéra semiseria intitulé Elisabetta. Le public fut très satisfait. J'ai composé l'ouverture du Comte Ory à la pêche, les pieds dans l'eau, en compagnie du signor Aguado avec qui je m'entretenais des finances espagnoles. Celle de Guillaume Tell fut écrite dans des circonstances presque analogues.
(Extrait d'une lettre non datée de Rossini)

Pas de bol…

Rossini est né un 29 février.

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