Gluck
Orphée et Eurydice : Laissez-vous toucher par mes pleurs
Il faut avoir du courage, quand on se retrouve subitement plongé dans les enfers, pour
interpeller des spectres et des larves pas très accueillants. Avoir du courage, ou alors
être complètement désespéré, comme Orphée (c'est un mec, ne
pas se fier à la terminaison de son nom !), qui a perdu sa meuf, mais qui a
décidé d'aller la récupérer chez Belzébuth.
Le mythe d'Orphée et Eurydice est l'un de ceux qui a été le plus
illustré à l'opéra ; on compte pas moins de deux cents adaptations de
cette histoire, le plus souvent aménagées selon les goûts et les
impératifs de l'époque. La version de Gluck est l'une des plus connues, et cet
opéra figure parmi mes préférés (la preuve, cet extrait est le
troisième que je publie sur ce site), notamment par sa densité en moments forts et en
morceaux brillants.
La tactique choisie par Orphée pour convaincre un auditoire vraiment pas réceptif est
d'inspirer pitié ; c'est en tout cas ce que suggèrent les mots qu'il emploie. La
tactique choisie par Gluck pour convaincre le même auditoire est autre : il veut les
charmer du chant d'Orphée. Et, à ce titre, on peut dire que Richard Croft, le chanteur
qui l'incarne ici, est vraiment à la hauteur !
Ecoutez ce charme agir au long du morceau. Au départ, la réponse des spectres est
claire est nette : un gros accord sur la tonique, indifférent aux déploiements
mélodiques, d'ailleurs modestes, d'Orphée. Le mari désespéré est
forcé de broder autour de la note qui est donné par les spectres. Il termine son
premier couplet par un ornement très allongé et excessivement lyrique sur la tonique.
Au deuxième couplet (1'19"), Orphée s'aventure vers des sentiers harmoniques plus
exotiques, et le chœur se résigne à le suivre (premier accord de septième
diminué sur la sensible, très instable, qui laisse entrevoir un changement de
position). Les accords suivants sont guidés par la mélodie d'Orphée, le
chœur n'impose plus sa position. Orphée termine son intervention par un étalage
déclicieusement obscène de bel canto, qui laisse définitivement coite
l'assemblée de monstres baveux et difformes qui lui tenaient tête au départ.
Victoire d'Orphée 1 à 0.
Par les mêmes acteurs, retrouvez Orphée-qui-rit ici et l'enfer-qui-s'agite là.
Laissez-vous toucher par mes pleurs,
Spectres, Larves, Ombres terribles !
Soyez sensibles
A l'excès de mes malheurs !
[Spectres, Furies & Démons]
Non, non, non.
Crédits
| Compositeur | Christoph Willibald Gluck |
|---|---|
| Direction | Chœur des Musiciens du Louvre |
| Orchestre | Les Musiciens du Louvre |
| Orphée (ténor) | Richard Croft |
| Ajouté le | 26 mars 2006 |
- Marc Minkowski, les Musiciens du Louvre - Orphée et Eurydice (version parisienne) - Air des Furies (Gluck)
- Richard Croft, Les Musiciens du Louvre, Marc Minkowski - Orphée et Eurydice (version parisienne) - L'espoir renaît dans mon âme (Gluck)
- Patricia Petitbon - Ah ! Je veux vivre (Charles Gounod)
- Ileana Cotrubas, Carlos Kleiber - La Traviata - Sempre libera (Giuseppe Verdi)
- Florence Foster Jenkins - Der hölle Rache kocht in meinem Herzen (Die Zauberflöte) (Mozart)
- J.C. Spinosi, Ensemble Matheus - La Flûte Enchantée (version de concert) (Mozart)
- Mozart - Don Giovanni - Acte II, Scène 5 - Don Giovanni, a cenar teco m'invitasti…
- Mozart - Cosi fan tutte - Soave sia il vento
- Kenneth Tarver - Dalla sua pace (Don Giovanni) (Mozart)
- Leonard Bernstein, Stephen Sondheim - West Side Story : "Gee, Officer Krupke"
- Marc Minkowski, les Musiciens du Louvre - Orphée et Eurydice (version parisienne) - Air des Furies (Gluck)
- Marc Minkowski, Felicity Lott, Yann Beuron - La Belle Hélène - Un rêve d'amour (Jacques Offenbach)
- Richard Croft, Les Musiciens du Louvre, Marc Minkowski - Orphée et Eurydice (version parisienne) - L'espoir renaît dans mon âme (Gluck)
