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La liste des fatalistes réalistes
La politesse du désespoir
Pas la peine de se mentir, la vie est une chienne, les seules surprises qu'elle réserve sont bien tristes, surtout pour les imbéciles qui ont cru pouvoir se montrer optimistes. Que voulez-vous, nous sommes en ce bas monde pour souffrir. Mais pas la peine de geindre, de pleurer, de gémir, tout le monde est à la même enseigne, autant le dire sans détour et sans fard, juste constater, laisser aux autres leur part de malheurs sans les écraser avec les siens.
Emilie Loizeau - Je ne sais pas choisir
Bizarre... Ma soeur qui connaît bien mes goûts m'avait pourtant prévenu : l'album d'Emilie Loizeau devait me plaire. Mais je l'ai écouté d'une oreille distraite sans rien remarquer. Et puis, ma radio préférée m'a un jour réveillé avec cette chanson. Ce n'est pas Emilie Loizeau qui oeuvre ici, mais une petite poupée mécanique un brin fatiguée. Il en résulte cette miniature au charme ambigu, entre abandon et malice.
| Chant | Emilie Loizeau |
|---|---|
| Ajouté le | 22 mai 2007 |
Clarika - Je mens
Les chansons de Clarika sont drôlement sérieuses, ou sérieusement drôles, comme vous voulez. Mais celle-ci porte en elle une certaine douleur, qui me touche particulièrement, parce qu'elle a trait au sentiment d'imposture. Cet acte d'aveu, qui expose une vulnérabilité d'autant plus criante qu'elle est d'ordinaire cachée sous des oripeaux des personnages que l'on s'invente, est très émouvant. Certes, le coup du quatuor à cordes pour tirer sur la corde dramatique n'est pas nouveau, mais il marche toujours aussi bien. La preuve.
Je mens au lit, sur le divan
Je m'emmêle parfois, ça dépend
Pour le mieux ou le pire
La vie, comme elle est,
Elle est tellement fade
Alors moi je l'égaie
Avec mes salades
Je mens comme un dentiste
Je mens comme Dieu existe
Je me cache, je triche
Je mens et je m'en fiche
Je m'enterre ou m'en tire
Je mens pour un empire
C'est vrai, je vous assure,
Je mens, je vous le jure.
Mon élixir, c'est le vent
Pour rien, pour dire : je mens
L'important, c'est mentir vrai
Comme je respire, je mens
Je vais, j'inspire l'air du temps
Pour quoi dire vrai quand vraiment
La vie se vit mieux semblant
La vie, comme elle est,
Elle est tellement fade
Alors moi je l'égaie
Avec mes salades
Je mens
Je mens
Je mens à Samir, à maman,
Je mens pour de rire, pour du vent
Sur la Torah, sur le Coran,
Je mens comme je respire
| Chant, Paroles | Clarika |
|---|---|
| Paroles, Musique, Arrangement cordes | Jean-Jacques Nyssen |
| Et aussi | Philippe Desbois (Guitare), Véronique Cravéro (Violoncelle), Christophe Cravéro (Violons, alto) |
| Ajouté le | 21 novembre 2005 |
Allain Leprest, Didier Romain - On peut tout couper en deux
Les choristes ont permis de redonner un vernis de modernité à cet art ringardisé de la chorale d'enfants. Mais il ne faudrait pas s'imaginer qu'avant Jugnot cet art n'était que désert ! Bien au contraire, en voici la preuve. En 1997, deux auteurs, Allain Leprest et Didier Romain, se sont associés pour écrire un conte pour enfants, Pantin Pantine. Le résultat est un chef-d'œuvre. Cette chanson, seul air véritablement mélancolique parmi une multitude de chants beaucoup plus pêchus, est profondément émouvante. D'une façon générale, l'orchestration est délicieuse, même si cet extrait n'est pas celui qui en apporte la démonstration la plus évidente. Je conseille fervemment le disque. Si vous en avez la possibilité, allez en voir une représentation : le conte est fréquemment repris par les écoles de musique et autres chœurs d'enfant. J'ai eu la chance d'en voir une représentation de haute volée, à la Halle aux Grains à Toulouse, avec la troupe La Lauzeta, et l'orchestre du Capitole, et j'ai passé une heure à sourire béatement (au milieu de bambins enthousiates : il faut reconnaître que l'œuvre s'adresse en priorité à eux !)
| Compositeur | Allain Leprest |
|---|---|
| Compositeur | Didier Romain |
| Ajouté le | 7 juin 2005 |
Bryan Ferry - Miss Otis Regrets (Cole Porter)
Cette mélodie a le lyrisme discret et modeste, comme si elle cherchait à contenir
toute l'émotion qui la meut, frémissante, prête à déborder. La
voix peu assurée de Bryan Ferry lui sied à merveille ; l'arrangement (comme tous
ceux de l'album) est d'un luxe modeste. Bref, tout est à l'unisson du texte de cette chanson,
court moment de perfection.
Un bonus pour ceux qui ont aimé la chanson : Ella Fitzgerald l'a chantée
aussi ! Et pour ceux qui ont aimé cette version par Bryan Ferry : il a aussi
chanté You Do Something To Me !
Miss Otis regrets, she's unable to lunch today.
She is sorry to be delayed,
but last evening down in Lover's Lane she strayed, madam,
Miss Otis regrets, she's unable to lunch today.
When she woke up and found that her dream of love was gone, madam,
She ran to the man who had led her so far astray,
And from under her velvet gown,
She drew a gun and shot her love down, madam,
Miss Otis regrets, she's unable to lunch today.
When the mob came and got her and dragged her from the jail, madam,
They strung her upon the old willow across the way,
And the moment before she died,
She lifted up her lovely head and cried, madam......
Miss Otis regrets, she's unable to lunch today.
| Compositeur | Cole Porter |
|---|---|
| Interprète | Bryan Ferry |
| Ajouté le | 18 avril 2005 |
Vivaldi - Farnace - Ricordati che sei Regina
Pour moi, c'est un air d'allégresse. Et pourtant, le personnage de Farnace, que l'on entend
ici, a du souci à se faire ; il ne demande pas moins que le suicide pour sa femme et son
fils. Mais "souviens-toi que tu es reine" ! Aussi donc, même si
l'allégresse est forcée, il n'empêche que la musique ne l'est pas, et ce passage
donne la pêche. La technique du chanteur est en outre parfaite.
Un autre extrait dans lequel Farnace fait moins le fier : (lien)
reine, mère et épouse,
que jalouse de ton honneur
tu gagnes la Majesté.
Plutôt que souffrir la peine
d'une servile chaîne,
si, si, accomplir tu devras
Cette pieuse cruauté.
Regina, Madre e sposa,
che dell'onor gelosa
ti vuol la Maestà.
Pria che soffrir la pena
d'una servil catena,
sì, sì questa tu deì
piestosa crudetà.
| Compositeur | Antonio Vivaldi |
|---|---|
| Direction | Jordi Savall |
| Orchestre | Le Concert des Nations |
| Ténor | Furio Zanasi |
| Ajouté le | 7 novembre 2004 |
17 Hippies - Marlène
C'est quelque chose entre Sue perdue à Manhattan et le personnage de Guy des Parapluies de
Cherbourg à son retour de la guerre d'Algérie. L'étourdissement par la danse et
la chair, pour s'oublier, oublier sa vie, ses vides, ses fissures. Déchirant, mais beau.
Un petit bémol hélas : les cordes des violons sont un peu trop à vide, ce
qui en soit n'est pas un problème, sauf si elles ne sont pas toutes accordées à
la même hauteur ! Une acoustique un peu plus large aurait sans doute pu remédier
à cela.
| Interprète | 17 Hippies |
|---|---|
| Ajouté le | 1er janvier 2003 |
Sanseverino - Il suffirait de presque rien
L'archétype du désespoir résigné. Cette chanson de Serge Reggiani constate avec une tristesse puissamment émouvante l'amour rendu impossible par la différence d'âge, malgré tout l'amour tendre qui peut exister entre deux êtres. La mélodie est en soi extraordinaire, mais avec Sanseverino, elle se trouve comme sublimée par cette sorte de fausse gaieté, cette résignation tendre et ironique qu'apportent les guitares manouches du chanteur. Avec cette version, Sanseverino dépasse l'originale.
| Interprète | Sanseverino |
|---|---|
| Ajouté le | 1er janvier 2003 |
Charles Trénet - La folle complainte
Un pur chef d'œuvre de fantaisie et de mélancolie. Ou la douleur résignée d'un homme qui a vu le paradis, son enfance, se dissoudre.
Et les trains électriques,
Les larmes dans les gares,
Guignol, et les coups de triques.
Les becs d'acétylène
Aux enfants assistés,
Et le sourire d'Hélène
Par un beau soir d'été.
Donnez moi quatre planches
Pour me faire un cercueil
Il est tombé de la branche
Le gentil écureuil.
J'n'ai pas aimé ma mère
J'n'ai pas aimé mon sort
J'n'ai pas aimé la guerre
J'n'ai pas aimé la mort.
Je n'ai jamais su dire
Pouquoi j'étais distrait
Je n'ai pas su sourire
A tel ou tel attrait.
J'étais seul sur les routes
Sans dire ni oui ni non
Mon âme s'est dissoute
Poussière était mon nom.
Dans la maison qui dort
La bonne n'est pas sage
Mais on la garde encore.
On l'a trouvée hier soir
Derrière la porte de bois
Avec une passoire
Se donnant de la joie.
La barbe de grand-père
A tout remis en ordre
Mais la bonne en colère
A bien failli le mordre.
Il pleut sur les ardoises
Il pleut sur la basse-cour
Il pleut sur les framboises
Il pleut sur mon amour.
La revanche des orages
A fait de la maison
Un tendre paysage
Pour les petits garçons
Qui brûlent d'impatience
Deux jours avant Noël
Et sans aucune méfiance
Acceptent tout pêle-mêle.
| Interprète | Charles Trénet |
|---|---|
| Ajouté le | 1er janvier 2003 |