Ludwig van Beethoven / Maurizio Pollini, Karl Böhm
Concerto pour piano no.5 "L'empereur", 3ème mouvement
Il y a déjà une affiche légendaire : un Pollini dans sa prime
maturité, un Böhm octogénaire mais capable de lever un ouragan d'une simple
inflexion de la baguette, et un Wiener Philharmoniker transi.
Il y a le concerto, ensuite : impérial non seulement de nom mais d'esprit, beethovenien
en diable. Tout commence par un premier mouvement démesuré (plus de vingt minutes),
grandiose et emphatique, cadre d'une lutte au sommet entre soliste et orchestre. Puis un second
mouvement d'une sensibilité poignante -- dix minutes extatiques. Et enfin, ce
troisième mouvement, féroce et joueur, tonitruant et alerte, où la lutte
orchestre/soliste réapparaît.
Sans avoir pu écouter tous les enregistrements de cette œuvre très
visitée, je crois pouvoir dire sans me tromper que cette version atteint un sommet
indépassable : la perfection technique n'y contrarie aucunement la passion, pas plus
que la précision n'en bride l'impétuosité ! Pollini y est
particulièrement impressionnant : on entend ses râles lorsqu'il
déchaîne ses doigts sur les accords rageurs du thème principal. La cadence, ici
réduite à quelques secondes, est expédiée par le pianiste de
façon royale -- je ne l'ai jamais entendue ailleurs aussi maîtrisée,
précise et rapide.
L'enregistrement a fait l'objet d'un filmage, et, bizarrement, l'image semble contredire tout ce
que nous entendons : Pollini est d'un calme olympien ; tandis que c'est à peine si
Böhm lève un sourcil ; l'orchestre quant à lui semble dormir sagement. C'est
peut-être à cela que tient la qualité de cette version : pas une once
d'énergie n'est dépensée pour autre chose que la musique.
Crédits
| Compositeur | Ludwig van Beethoven |
|---|---|
| Direction | Karl Böhm |
| Orchestre | Wiener Philharmoniker |
| Piano | Maurizio Pollini |
| Ajouté le | 18 février 2005 |
