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- Don Giovanni - Acte II, Scène 5 - Don Giovanni, a cenar teco m'invitasti…
- Etude op.10 no.12 (Allegro con fuoco)
- Concerto pour piano no.1 en Do majeur - 1er mouvement
- Concerto pour piano no.5 "L'empereur", 3ème mouvement
- Commentaires
La liste de ceux qui n'ont pas froid aux yeux
Morceaux de bravoure
Tempête, ouragans, tsunamis ne font pas le poids ! Il n'est pas de sommet que vous n'ayez l'intention de vaincre, vous avez envie de vous mesurer aux éléments et avoir raison des forces de la nature. Sachez que des musiciens l'ont déjà fait avant vous !
Mozart - Don Giovanni - Acte II, Scène 5 - Don Giovanni, a cenar teco m'invitasti…
[Avertissement à ceux qui lancent l'extrait tout de suite : montez le volume ! Ca
fait du bruit, mais c'est fait pour. Toute écoute à volume trop modéré
ne produira pas l'effet escompté].
Je sais pas vous, mais moi, l'opéra, c'était pas trop mon truc. Déjà
à la base, je n'étais pas très sensible au spectacle scénique, ni aux
histoires abracadabrantes à base de personnages mythologiques. Et surtout, les voix
provoquaient sur moi un effet à peu près égal à celui d'une craie
frottée en biais sur un tableau noir.
Cette voix insupportable s'explique, cependant. Et on accepte mieux ce qui s'explique. On finit
même par apprécier ce que l'on comprend. Aux siècles précédents,
le micro n'existait pas, et les chanteurs devaient utiliser une technique particulière,
à l'opposé de la voix "naturelle" (c'est-à-dire celle que nous
mettons en œuvre quand nous parlons), afin de "projeter" le son le plus loin
possible. Utiliser tout le corps pour produire le son, conserver la gorge décontractée
et exploiter les résonateurs naturels, permet en effet de produire du volume sonore à
moindre effort, en tout cas de quoi permettre de tenir durant une représentation de plusieurs
heures. En gros, lorsque vous et moi parlons, nous utilisons le plat de la voix, c'est doux et
gentil, mais peu efficace ; un chanteur lyrique va à l'inverse utiliser le tranchant de
la voix : quand on est juste à côté, ça fait mal aux oreilles, mais
au moins le fond de la salle entend !
Vous me direz c'est bien gentil ces explications, mais ça n'empêche pas les chanteurs
d'opéra d'en faire des tonnes, au point de friser le ridicule avec une expression
ampoulée et artificielle : comment pourraient-ils communiquer une quelconque
émotion ? Vous êtes injuste, mais vous n'avez pas tout à fait tort :
il faut bien reconnaître que beaucoup de chanteurs font montre d'un manque de goût
terrifiant. Mais pourquoi la population des chanteurs est-elle plus atteinte par ce mal que celle
des, par exemple, violonistes ? La raison est très simple : on peut choisir
séparément le violoniste et le violon (c'est-à-dire le musicien et
l'instrument), alors que le chanteur est à la fois le musicien et l'instrument, le musical et
le vocal. Et les belles voix étant assez rares, on fait hélas trop souvent l'impasse
sur les qualités musicales d'un chanteur. Qui pourrait citer un seul violoniste qui n'ait pas
travaillé le violon et la musique depuis sa plus tendre enfance ? En revanche, il est
facile de trouver des chanteurs détectés sur le tard pour le potentiel de leur voix,
mais qui n'ont jamais écouté ni étudié les œuvres qu'on leur
demande d'interpréter.
A votre remarque, je répondrai donc : il existe beaucoup de mauvais chanteurs ;
pour autant il ne faut pas jeter tout le chant lyrique avec l'eau du bain. Partez plutôt
à la recherche de chanteurs-musiciens, qui vous feront vraiment découvrir ce qu'est
l'opéra.
Et puis, évidemment, il faut choisir un bon opéra. La production est nombreuse, nos
oreilles ne sont pas forcément très habituées (éduquées,
pourrait-on dire) aux subtilités lyriques, il faut donc être particulièrement
difficile.
Personnellement, sans rien savoir de tout cela, je me suis laissé conquérir par le
passage que je vous propose d'écouter. J'avais quatorze ans, et en cinq minutes Mozart a
réussi à anéantir tous mes a priori. Don Giovanni est un opéra assez
sombre : en voici la scène la plus noire. Le personnage éponyme a commis forfait
sur forfait (entre autres, celui d'assassiner le commandeur pour conquérir sa fille) :
mais le commandeur n'a pas dit son dernier mot et sa statue revient à la vie. La
scène, qui comporte trois personnages (le commandeur, Don Giovanni, et son serviteur
Leporello), débute quand la statue apparaît. Il suffit d'écouter la musique pour
comprendre qui parle, même lorsque plusieurs personnages parlent à la fois. Le
commandeur est associé à des accords émis par l'ensemble de l'orchestre, sur un
rythme lent et solennel ; ces accords sont le plus souvent d'un calme glaçant ;
parfois, un terrifiant accord vient menacer Don Giovanni (le doigt accusateur et implacable du
Commandeur). Il est également le seul à se permettre des silences (cela nous permet de
ravaler notre salive). La musique associée à Don Giovanni est celle d'un personnage
volubile et fier ; mais ici, son verbe est tourmenté, fiévreux : la
mélodie à l'orchestre ne cesse de monter et descendre, incapable de se poser et de
durer. C'est la musique d'un personnage coupable, dont la façade de probité se
craquèle. Enfin, la musique associée à Leporello est celle d'un personnage
pleutre, qui gémit, bredouille, supplie, plus qu'il ne parle réellement. La
mélodie qui l'accompagne à l'orchestre fait du sur place et est constituée de
notes qui se répètent à un rythme rapide.
Comment mixer les prises de parole de ces trois personnages, avec trois températures
musicales aussi contrastées ? Est-ce seulement possible ? Ecoutez-donc Mozart
réussir cette improbable gageure, dans une scène terrifiante dont on sort le
cœur battant. La fin de la scène est un monument, à partir du moment où
le commandeur somme Don Giovanni de lui donner la main. Don Giovanni, toujours au défi,
s'exécute, et avec horreur se voit emporter dans les enfers (Ingvar Wixell n'est pas
très convaincant dans son hurlement d'horreur, mais c'est bien la seule chose que je
reprocherai à cette version).
| Compositeur | Wolfgang Amadeus Mozart |
|---|---|
| Direction | Sir Colin Davis |
| Don Giovanni (baryton) | Ingvar Wixell |
| Le Commandeur (basse) | Luigi Roni |
| Leporello (basse) | Wladimiro Ganzarolli |
| Orchestre | Orchestre de l'Opéra Royal de Covent Garden |
| Ajouté le | 27 janvier 2006 |
Nelson Freire - Etude op.10 no.12 (Allegro con fuoco) (Frédéric Chopin)
"Avec feu", c'est l'indication de la main même de Chopin ; voici en tout cas
une version qui ne dessert pas ces instructions ! Peut-être l'origine brésilienne
de Nelson Freire n'y est pas tout à fait étrangère. On a souvent entendu jouer
le pianiste avec l'argentine Martha Argerich : il y a certainement un air de famille dans leur
art de jouer Chopin, loin des versions slaves (mais tout aussi méritoires : par exemple
celle de Nikolai Lugansky). Nelson Freire a un jeu très clair, sans pour autant
détruire la vague qui meut la main gauche ; les contrastes violents de la main droite
sont jouissifs et d'un dosage d'orfèvre. En revanche, je ne sais pas pourquoi, mais
l'adjectif "révolutionnaire" vient moins à mon esprit qu'en écoutant
d'autres versions. La révolution est peut-être plus brouillonne ?
L'album est à recommander sans réserve, ne serait-ce que pour le premier mouvement de
la sonate no.2, sublime !
| Compositeur | Frédéric Chopin |
|---|---|
| Piano | Nelson Freire |
| Ajouté le | 24 mai 2005 |
Leonard Bernstein - Concerto pour piano no.1 en Do majeur - 1er mouvement (Beethoven)
Deux concertos pour piano de Beethoven dans ce thème : normal, si Beethoven doit
personnifier une rubrique, c'est bien celle-ci. Ce premier mouvement de ce premier concerto
empreinte pas mal à Mozart, mais pas que : il suffit d'écouter la cadence
(passage, à la fin du mouvement, où le soliste joue seul et "improvise"
à partir des thèmes du morceau, en étalant de façon plus ou moins
insolente sa virtuosité). Cadence écrite par Beethoven lui-même (c'est dire si
le pianiste improvise…), d'une longueur très inhabituelle pour l'époque (plus de
4 minutes), enfiévrée, rageuse, rugueuse. Leonard Bernstein, en dépit d'un
tempo somme toute modeste, fait preuve d'une énerge à la fois maîtrisée
et complètement explosive. Une cadence préparée douze minutes durant par un ton
très solennel (appuyé par la tonalité de do majeur, tonalité de
l'officiel et du "carré" !), et dont on ressort haletant.
Dans l'extrait présenté ici, la cadence en question va de 13'19 à 18'06. Je
recommande également le second mouvement, magnifiquement lyrique et serein, comme beaucoup de
mouvements lents chez Beethoven.
| Compositeur | Ludwig van Beethoven |
|---|---|
| Direction et piano | Leonard Bernstein |
| Interprète | New York Philharmonic |
| Ajouté le | 18 février 2005 |
Maurizio Pollini, Karl Böhm - Concerto pour piano no.5 "L'empereur", 3ème mouvement (Ludwig van Beethoven)
Il y a déjà une affiche légendaire : un Pollini dans sa prime
maturité, un Böhm octogénaire mais capable de lever un ouragan d'une simple
inflexion de la baguette, et un Wiener Philharmoniker transi.
Il y a le concerto, ensuite : impérial non seulement de nom mais d'esprit, beethovenien
en diable. Tout commence par un premier mouvement démesuré (plus de vingt minutes),
grandiose et emphatique, cadre d'une lutte au sommet entre soliste et orchestre. Puis un second
mouvement d'une sensibilité poignante -- dix minutes extatiques. Et enfin, ce
troisième mouvement, féroce et joueur, tonitruant et alerte, où la lutte
orchestre/soliste réapparaît.
Sans avoir pu écouter tous les enregistrements de cette œuvre très
visitée, je crois pouvoir dire sans me tromper que cette version atteint un sommet
indépassable : la perfection technique n'y contrarie aucunement la passion, pas plus
que la précision n'en bride l'impétuosité ! Pollini y est
particulièrement impressionnant : on entend ses râles lorsqu'il
déchaîne ses doigts sur les accords rageurs du thème principal. La cadence, ici
réduite à quelques secondes, est expédiée par le pianiste de
façon royale -- je ne l'ai jamais entendue ailleurs aussi maîtrisée,
précise et rapide.
L'enregistrement a fait l'objet d'un filmage, et, bizarrement, l'image semble contredire tout ce
que nous entendons : Pollini est d'un calme olympien ; tandis que c'est à peine si
Böhm lève un sourcil ; l'orchestre quant à lui semble dormir sagement. C'est
peut-être à cela que tient la qualité de cette version : pas une once
d'énergie n'est dépensée pour autre chose que la musique.
| Compositeur | Ludwig van Beethoven |
|---|---|
| Direction | Karl Böhm |
| Orchestre | Wiener Philharmoniker |
| Piano | Maurizio Pollini |
| Ajouté le | 18 février 2005 |