Illustration du thème

La liste de ceux qui s'apprêtent à commettre l'irréparable

La vie est un abîme sans fond

Il a neigé sur l'angoisse de nos amours mortes du temps qui passe à l'ombre de mes incertitudes quand s'envolent les archanges maudits (citation prêtée par Guy Carlier à Jean-Louis Murat). Si ça vous parle, alors cette liste est faite pour vous. Cessez de culpabiliser, et laissez vous aller à l'apitoiement, à la dépression, au blues, au spleen, à la déchéance.


Nat King Cole - I'm Through With Love

L'une des rares chansons en anglais que je peux chanter de mémoire. C'est dire si je l'aime. Je l'avais découverte dans le film comédie musicale de Woody Allen, "Tout le monde dit I Love You" ; elle y était entonnée à deux reprises, par le réalisateur lui-même d'une part, et par celle qui joue son ex-femme, Goldie Hawn.
La voici dans une de ses versions les plus réussies, interprétée par un Nat King Cole première période, lorsqu'il se produisait en trio, avant de prendre son envol pour une carrière beaucoup plus "crooner", avec arrangements orchestraux sirupeux à la clé. J'adore particulièrement la façon dont il entonne le "with deep emotion, devotion to you".
On utilisera cette chanson pour ses vertus empathiques, sinon curatives, en toute occasion de légère dépression liée à la récente désaffection de la part de l'être aimé, ou même seulement désiré, et ce quelque soit la forme prise par cette désaffection (rupture violente, larguage par SMS, désintérêt progressif en faveur d'un tiers…).

J'arrête avec l'amour,
Je ne retomberai plus.
Adieu l'amour
N'appelle plus jamais.
Car c'était toi ou personne,
Alors j'arrête avec l'amour.

J'ai verrouillé mon cœur
J'y garderai mes sentiments.
J'ai refroidi mon cœur
Avec de l'air glacé.
Et je n'aimerai plus,
car pour moi fini l'amour.

Pourquoi m'avoir fait croire
Que tu te souciais de moi ?
Tu n'avais pas besoin de moi,
Avec ton aréopage
D'esclaves prêts à
Te vénérer et prier
Avec dévotion pour toi.

Adieu le printemps et tout ce qu'il signifiait pour moi,
Il ne pourra jamais revenir tel qu'il était.
Car c'était toi ou personne,
J'en ai donc fini avec l'amour.
I'm through with love
I'll never fall again.
Said adieu to love
Don't ever call again.
For I must have you or no one
And so I'm through with love.

I've locked my heart
I'll keep my feelings there.
I have stocked my heart
with icy, frigid air.
And I mean to care for no one
Because I'm through with love.

Why did you lead me
to think you could care?
You didn't need me
for you had your share
of slaves around you
to hound you and swear
with deep emotion and devotion to you.

Goodbye to spring and all it meant to me
It can never bring the thing that used to be.
For I must have you or no one
And so I'm through with love.
Ajouté le 4 septembre 2008

Schubert - Fantaisie en fa mineur op.103, D 940

Démarrant sur un thème mélancolique, cette fantaisie ère sur des terres tourmentées, où la résignation s'énonce dans la douceur tandis que les cris expriment plus la perdition que le combat. Deux passages en majeur forment une éclaircie dans cet univers brumeux. Le premier prend la forme d'une mélodie d'une douceur exquise, lumineuse, quasiment exaltée. Le second, beaucoup plus long, se veut beaucoup plus structuré, en forme de duo, mais finit par s'échauffer avant de retomber sur le premier thème, qui en devient volontiers dépressif. Le tout finit dans une fugue mortelle, puissante et sans artifice.
Je connais cinq versions de cette fantaisie : si j'ai choisi la version d'Alexandre Tharaud et Zhu Xiao-Mei, c'est parce que du début à la fin on se sent porté par cette musique dense. Trop d'interprètes choisissent d'interpréter Schubert en privilégiant clarté et diction, au risque d'une certaine sécheresse qui nuit à l'immersion dans l'œuvre. Ici, avec une sincérité, une poésie, un sens du mouvement, et une sublimissime énonciation de la main droite, qui reste parfaitement lisible malgré sa fluidité et sa douceur, on atteint un moment rare, qui évite les crispations trop fréquentes sur les accords plaqués dont Schubert est friand, sans jamais renoncer à la fièvre des fortissimi. De loin ma version préférée.

Compositeur Franz Schubert
Piano Alexandre Tharaud
Piano Zhu Xiao-Mei
Ajouté le 10 octobre 2005

Wolfgang Amadeus Mozart - Concerto pour piano no.23 K.488, 2ème mouvement (Adagio)

De tous les mouvements lents des concertos pour piano de Mozart, c'est celui que je détestais le plus. Jusqu'au jour où j'ai réalisé que ce que je n'aimais pas, c'était la douleureuse sensation qu'il éveillait en moi.
Cette version présente une légère particularité : les cordes restent, pour un orchestre moderne, modérées sur le vibrato, et n'en font un usage intensif qu'à l'utime reprise du thème. On croirait véritablement entendre l'orchestre pleurer. C'est exemplaire, dans le sens où l'on trouve une occasion justifiée de recourir à cette technique de jeu ; si son usage systématique est vulgaire, vouloir l'éviter à tout prix n'est qu'une contre-réaction guère plus intelligente.
Des pleurs, c'est certainement ce qu'en a entendu Luigi Comencini, réalisateur de "L'incompris", histoire bouleversante d'un garçon qui, ne parvenant pas à exprimer la douleur que lui cause le décès de sa mère, est injustement méprisé par son père. Cet adagio berce le film sur toute sa longueur.

Compositeur Wolfgang Amadeus Mozart
Direction David Zinman
Orchestre Staatskappelle de Dresde
Piano Christian Zacharias
Ajouté le 29 juin 2005

Merci à Paul-Lionel

Crédits

Références

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Danielle Darrieux - Il n'y a pas d'amour heureux (Louis Aragon, Georges Brassens)

Georges Brassens, par une subtile omission, a trahi ce merveilleux poème d'Aragon. Dans la chanson, le dernier vers du poète disparaît : "Mais c'est notre amour à tous deux". En ce sens, la chanson qui figure ici est œuvre de Brassens, puisque dotée du vers manquant elle devrait plutôt figurer dans le thème "L'espoir fait vivre", ou une rubrique (à créer) spécial sado-masochisme. La voix patinée par le temps de Danielle Darrieux rend plus palpable encore ce constat, puisque c'est celui d'un personnage qui a vécu.
Cette chanson termine d'une façon fort émouvante "Huit Femmes", excellent film de François Ozon.

Interprète Danielle Darrieux
Musique Georges Brassens
Paroles Louis Aragon
Ajouté le 13 novembre 2004

Vivaldi - Farnace - Gelido in ogni vena

Impossible de ne pas ressentir un frisson à l'écoute de ce passage. L'introduction rappelle assez fortement le premier mouvement du concerto pour violon "L'hiver", et évoque donc cette saison. Le chanteur apparaît ensuite ; chaque incursion vers la note aiguë, à la limite du cri, est suivie d'une lente descente, évoquant admirablement la douleur. Suit une longue marche harmonique descendante, chantée de façon hallucinante par un homme que l'on croit réellement entendre pleurer. Le second thème, au centre, marque une légère pause dans cette longue descente (aux enfers ?), mais ne dure pas et cède vite la place au premier. Avec une sobriété exemplaire, Jordi Savall (à la direction) et Furio Zanasi (baryton) expriment comme je ne l'ai jamais entendu le désespoir d'un homme sur le point de se donner la mort (puisque c'est l'histoire de Farnace, qui, s'étant fait déposséder de son royaume et ayant demandé à sa femme de se tuer(lien), elle ainsi que son fils, ne voit plus que cette issue pour lui-même !).
Ce passage est extrait de l'opéra Farnace, de Vivaldi, qui comporte d'autres passages tout aussi forts. Il a été enregistré en public, à Madrid, en 2001.

Je sens couler dans mes veines
un sang gelé,
l'ombre d'un fils exsangue
me remplit de terreur.
Et pour ma plus grande peine,
je crois avoir été cruel
avec une âme innocente,
le cœur de mon cœur.
Gelido in ogni vena
scorrer mi sento il sangue,
l'ombra del figlio esangue
m'ingombra di terror.
E per maggior pia pena,
credo che fui crudele
a un'anima innocente,
al core del mio cor.
Compositeur Antonio Vivaldi
Direction Jordi Savall
Orchestre Le Concert des Nations
Ténor Furio Zanasi
Ajouté le 7 novembre 2004

John Elliot Gardiner - La Symphonie Fantastique - Scène aux champs (Berlioz)

Poignante scène que cette scène aux champs. Toute début par le dialogue de deux cors, deux bergers lointains qui bercent leur solitude d'une tentative de dialogue par instrument interposé. La nature les entoure, majestueuse, calme et silencieuse. L'idée fixe, celle de la bien-aimée (qui revient tout au long de la symphonie), se fait jour, et tourmente l'un des bergers. Mais les éléments se déchainent, la nature sait aussi se montrer coléreuse. Après l'orage, sombrent les espoirs. Le berger est seul, son compagnon est parti, et ses appels déchirants restent sans réponse dans la nuit montante.
Ce mouvement est l'axe central d'une œuvre maîtresse du mouvement romantique. La version qu'en donne John Elliot Gardiner est la plus poignante. La nature et les sentiments ont rarement été aussi bien représentés par la musique.

Compositeur Hector Berlioz
Direction John Elliot Gardiner
Orchestre Orchestre Révolutionnaire et Romantique
Ajouté le 1er janvier 2003

Philippe Léotard - Saturne (Georges Brassens)

Le temps est impitoyable, il détruit et défait jusqu'à l'oubli. Philippe Léotard est déchirant dans ce beau texte de Brassens. Sans fausse comédie.

Compositeur Georges Brassens
Interprète Philippe Léotard
Ajouté le 1er janvier 2003
02/04/2008
saturne
Plus poignant que saturne, je ne trouve pas.
Merci de nous laisser en profiter.

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