Dumont, Bénech / Les Frères Jacques
Le Moineau de Paris
S'il était à douter que chaque époque a ses tics, cette chanson nous en apporte la preuve : même sans l'avoir jamais écoutée, elle en rappelle cent autres de la même époque. Et puis, il y a ce mélange de commisération et d'increvable optimisme, très semblable à l'histoire du "Kid" de Chaplin, film contemporain de cette chanson qui retentit pour la première fois en 1924 grâce à un certain Hector Pellerin. Ici, ce sont les Frères Jacques qui la font revivre en y incorporant une cuillérée de second degré. Allez j'avoue, cette chanson m'a tiré une petite larme la première fois que je l'ai écoutée.
Un petit moineau sur l'herbe est tombé ;
Un gosse en haillons sur l'oiseau se jette,
Mais une brave dame d'un geste l'arrête.
Que fais-tu, gamin ? Laisse-le partir !
Ça t'amuse donc bien de le faire souffrir ?
Moqueur l'gosse répond, voyons la p'tit' mère,
On s'connaît tous deux puisque l'on est frères ;
Car moi aussi, j'suis un petit
Que la misère a fait tomber du nid.
J'suis l'moineau, j'suis l'titi ;
J'suis l' gamin d' Paris.
Par les rues, je me faufile,
Nez au vent, bataillant,
Mais toujours content,
J'vais tout droit sans m'faire de bile,
J'suis farceur, j' suis blagueur,
Ça, y a pas d'erreur.
Mais comme au fond, j'ai bon cœur,
Tout là-haut j'vais grimper de peur qu'il s'ennuie,
Remettre mon frangin dans son nid.
La bonne dame émue lui dit : Mon enfant,
T'es tout seul, veux-tu que j' sois ta maman ?
L'enfant a dit oui ; elle l'emmène chez elle,
Lui s'étonne de tout : c'est une vie nouvelle.
Mais, en grandissant, il se trouve gêné,
Il n' pense qu'à une chose : c'est sa liberté.
Dehors, le soleil éclaire la grande route.
C'est l' printemps qui chante ; joyeux, il écoute.
Alors un soir, il est parti,
Laissant seulement ces quelques mots d'écrits :
J'suis l'moineau, j'suis l'titi ;
J'suis l' gamin d' Paris.
Dans la vie faut que j'me faufile.
Je suis grand, j'ai vingt ans ;
Faut qu'j'aille de l'avant.
Bonne maman, n'te fais pas de bile.
J' suis farceur, j'suis blagueur,
Ça, y a pas d'erreur,
Mais n'crois pas qu'j'ai mauvais cœur.
M'en veux pas, tu l'sais bien : quand ils ont grandi,
Les moineaux se sauvent de leur nid.
Maint'nant, la brave dame a des ch'veux tout blancs.
Et souvent elle pense à son grand enfant
Qui s'est envolé, l'âme vagabonde.
R'viendra-t-il un jour ? C'est si grand le monde !
Mais voilà qu'un soir, quelqu'un a sonné :
Un sergent est là, sergent décoré.
Monsieur, vous d'mandez ?
Lui n'ose rien dire
Puis soudain s'avance dans un bon sourire
Et la prenant entre ses bras,
Il dit : Maman, tu n'me reconnais donc pas ?
J'suis l'moineau, j'suis l'titi ;
J'suis l'gamin d' Paris
Qui reviens au domicile.
J'suis pas riche, maintenant
Mais j'gagnerai d' l'argent.
Bonne maman, ne t' fais pas d'bile.
J'suis farceur, j'suis blagueur,
Ça, y a pas d'erreur,
Mais l'travail ne m'fait pas peur.
Mon devoir envers toi, maint'nant, j' l'ai compris :
C'est mon tour de réchauffer ton nid.
Crédits
| Chant | Les Frères Jacques |
|---|---|
| Musique | Ferdinand-Louis Bénech |
| Paroles | Ernest Dumont |
| Ajouté le | 17 juillet 2008 |
