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- Des Tages Weihe, D 763 (Hymne zur Namens-oder-Geburtsfeier)
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L'année bling bling
L'année 2008
Je rechigne un peu à employer le mot, mais si vous cherchez un "blog" (et même plus précidément un "audioblog") sur ce site, c'est ici que vous le trouverez. Il est ouvert (bien que très vide, cette année) jusqu'au 31 décembre 2008, profitez-en.
16 septembre 2008
Christoph Prégardien, Andreas Staier - An den Mond, D.259 (Goethe, Schubert)
Les lieder de Schubert sont innombrables, et j'avoue ne pas savoir très bien par où commencer. Mais celui que j'aimerais faire découvrir aujourd'hui a une petite particularité : sous son harmonie typiquement schubertienne, il émane un souvenir de Mozart, comme si le Viennois citait la sérénade d'un opéra de son aîné salzbourgeois (rappelons que la sérénade, par opposition à l'aubade, se joue le soir, et que ce poème de Goethe s'intitule "A la lune"). Il en résulte un chant de toute beauté, à la fois noble et lyrique comme savait en concocter Mozart, et teint d'un léger voile mélancolique, comme sait si bien le faire Schubert. Et ici, Christoph Prégardien, schubertien moins connu que son aîné Dietrich Fischer-Dieskau, mais pas moins connaisseur (il a participé à la Neue Schubert Ausgabe, avec son comparse Andreas Staier), est remarquable dans la conduite de son chant comme dans l'évocation de cette mélancolie.
Still mit Nebelglanz,
Lösest endlich auch einmal
Meine Seele ganz;
Breitest über mein Gefild
Lindernd deinen Blick,
Wie des Freundes Auge mild
Über mein Geschick.
Jeden Nachklang fühlt mein Herz
Froh’ und trüber Zeit,
Wandle zwischen Freud und Schmerz
In der Einsamkeit.
Fließe, fließe, lieber Fluß!
Nimmer werd ich froh,
So verrauschte Scherz und Kuß,
Und die Treue so.
[Ich besaß es doch einmal,
Was so köstlich ist!
Daß man doch zu seiner Qual
Nimmer es vergißt!]
Rausche, Fluß, das Tal entlang,
Ohne Rast und Ruh,
Rausche, flüstre meinem Sang
Melodien zu,
Wenn du in der Winternacht
Wütend überquillst
Oder um die Frühlingspracht
Junger Knospen quillst.
Selig, wer sich vor der Welt
Ohne Haß verschließt,
Einen Freund am Busen hält
Und mit dem genießt.
Was von Menschen nicht gewußt
Oder nicht bedacht,
Durch das Labyrinth der Brust
Wandelt in der Nacht.
| Compositeur | Franz Schubert |
|---|---|
| Paroles | Johann Wolfgang von Goethe |
| Pianoforte | Andreas Staier |
| Ténor | Christoph Prégardien |
Schubert: Lieder nach gedichten von Goethe (Christoph Prégardien, Adreas Staier)
Deutsche Harmonia Mundi (22)
17 juillet 2008
Les Frères Jacques - Le Moineau de Paris (Dumont, Bénech)
S'il était à douter que chaque époque a ses tics, cette chanson nous en apporte la preuve : même sans l'avoir jamais écoutée, elle en rappelle cent autres de la même époque. Et puis, il y a ce mélange de commisération et d'increvable optimisme, très semblable à l'histoire du "Kid" de Chaplin, film contemporain de cette chanson qui retentit pour la première fois en 1924 grâce à un certain Hector Pellerin. Ici, ce sont les Frères Jacques qui la font revivre en y incorporant une cuillérée de second degré. Allez j'avoue, cette chanson m'a tiré une petite larme la première fois que je l'ai écoutée.
Un petit moineau sur l'herbe est tombé ;
Un gosse en haillons sur l'oiseau se jette,
Mais une brave dame d'un geste l'arrête.
Que fais-tu, gamin ? Laisse-le partir !
Ça t'amuse donc bien de le faire souffrir ?
Moqueur l'gosse répond, voyons la p'tit' mère,
On s'connaît tous deux puisque l'on est frères ;
Car moi aussi, j'suis un petit
Que la misère a fait tomber du nid.
J'suis l'moineau, j'suis l'titi ;
J'suis l' gamin d' Paris.
Par les rues, je me faufile,
Nez au vent, bataillant,
Mais toujours content,
J'vais tout droit sans m'faire de bile,
J'suis farceur, j' suis blagueur,
Ça, y a pas d'erreur.
Mais comme au fond, j'ai bon cœur,
Tout là-haut j'vais grimper de peur qu'il s'ennuie,
Remettre mon frangin dans son nid.
La bonne dame émue lui dit : Mon enfant,
T'es tout seul, veux-tu que j' sois ta maman ?
L'enfant a dit oui ; elle l'emmène chez elle,
Lui s'étonne de tout : c'est une vie nouvelle.
Mais, en grandissant, il se trouve gêné,
Il n' pense qu'à une chose : c'est sa liberté.
Dehors, le soleil éclaire la grande route.
C'est l' printemps qui chante ; joyeux, il écoute.
Alors un soir, il est parti,
Laissant seulement ces quelques mots d'écrits :
J'suis l'moineau, j'suis l'titi ;
J'suis l' gamin d' Paris.
Dans la vie faut que j'me faufile.
Je suis grand, j'ai vingt ans ;
Faut qu'j'aille de l'avant.
Bonne maman, n'te fais pas de bile.
J' suis farceur, j'suis blagueur,
Ça, y a pas d'erreur,
Mais n'crois pas qu'j'ai mauvais cœur.
M'en veux pas, tu l'sais bien : quand ils ont grandi,
Les moineaux se sauvent de leur nid.
Maint'nant, la brave dame a des ch'veux tout blancs.
Et souvent elle pense à son grand enfant
Qui s'est envolé, l'âme vagabonde.
R'viendra-t-il un jour ? C'est si grand le monde !
Mais voilà qu'un soir, quelqu'un a sonné :
Un sergent est là, sergent décoré.
Monsieur, vous d'mandez ?
Lui n'ose rien dire
Puis soudain s'avance dans un bon sourire
Et la prenant entre ses bras,
Il dit : Maman, tu n'me reconnais donc pas ?
J'suis l'moineau, j'suis l'titi ;
J'suis l'gamin d' Paris
Qui reviens au domicile.
J'suis pas riche, maintenant
Mais j'gagnerai d' l'argent.
Bonne maman, ne t' fais pas d'bile.
J'suis farceur, j'suis blagueur,
Ça, y a pas d'erreur,
Mais l'travail ne m'fait pas peur.
Mon devoir envers toi, maint'nant, j' l'ai compris :
C'est mon tour de réchauffer ton nid.
| Chant | Les Frères Jacques |
|---|---|
| Musique | Ferdinand-Louis Bénech |
| Paroles | Ernest Dumont |
6 mai 2008
Leonard Bernstein, Stephen Sondheim - West Side Story : "Gee, Officer Krupke"
Nostalgie ? Pression d'une maison de disques avide ? de stars lyriques désoeuvrées ? du fisc ? On ne sait pas vraiment ce qui a poussé Leonard Bernstein, compositeur à l'origine d'une des meilleures comédies musicales que le cinéma américain ait produites (ceci n'est pas une hyperbole), à remettre son ouvrage sur le métier dans les années 80. Ou plutôt, on ignore ce qui l'a poussé à le confier au métier de stars de l'opéra telles que Kiri Te Kanawa ou Placido Domingo, assez peu en phase avec les personnages qu'ils sont censés incarner (traduire : dont on ne peut se délecter que du ridicule). Il y a pourtant une pépite dans cet inutilement fastueux enregistrement studio, et on le doit aux seconds couteaux (hormis Bernstein bien sûr). La scène dans le film est jouissive (mais en cela elle ne fait pas vraiment exception par rapport aux autres) et assez visuelle : il s'agit pour la bande des Jets de mimer les différents représentants de la société auxquels ils ont affaire (policier, juge, travailleur social, psychanalyste). L'aspect théâtral de cette scène est remarquablement bien rendu dans cette version conçue pour le disque. Ecoutez les paroles de Stephen Sondheim, brillantes, et le rythme auquel s'enchaîne les imitations.
Dear kindly Sergeant Krupke,
You gotta understand,
It's just our bringin' up-ke
That gets us out of hand.
Our mothers all are junkies,
Our fathers all are drunks.
Golly Moses, natcherly we're punks!
ACTION AND JETS
Gee, Officer Krupke, we're very upset;
We never had the love that ev'ry child oughta get.
We ain't no delinquents,
We're misunderstood.
Deep down inside us there is good!
ACTION
There is good!
ALL
There is good, there is good,
There is untapped good!
Like inside, the worst of us is good!
SNOWBOY: (Spoken) That's a touchin' good story.
ACTION: (Spoken) Lemme tell it to the world!
SNOWBOY: Just tell it to the judge.
ACTION
Dear kindly Judge, your Honor,
My parents treat me rough.
With all their marijuana,
They won't give me a puff.
They didn't wanna have me,
But somehow I was had.
Leapin' lizards! That's why I'm so bad!
DIESEL: (As Judge) Right!
Officer Krupke, you're really a square;
This boy don't need a judge, he needs an analyst's care!
It's just his neurosis that oughta be curbed.
He's psychologic'ly disturbed!
ACTION
I'm disturbed!
JETS
We're disturbed, we're disturbed,
We're the most disturbed,
Like we're psychologic'ly disturbed.
DIESEL: (Spoken, as Judge) In the opinion on this court, this child is depraved on account he ain't had a normal home.
ACTION: (Spoken) Hey, I'm depraved on account I'm deprived.
DIESEL: So take him to a headshrinker.
ACTION (Sings)
My father is a bastard,
My ma's an S.O.B.
My grandpa's always plastered,
My grandma pushes tea.
My sister wears a mustache,
My brother wears a dress.
Goodness gracious, that's why I'm a mess!
A-RAB: (As Psychiatrist) Yes!
Officer Krupke, you're really a slob.
This boy don't need a doctor, just a good honest job.
Society's played him a terrible trick,
And sociologic'ly he's sick!
ACTION
I am sick!
ALL
We are sick, we are sick,
We are sick, sick, sick,
Like we're sociologically sick!
A-RAB: In my opinion, this child don't need to have his head shrunk at all. Juvenile delinquency is purely a social disease!
ACTION: Hey, I got a social disease!
A-RAB: So take him to a social worker!
ACTION
Dear kindly social worker,
They say go earn a buck.
Like be a soda jerker,
Which means like be a schumck.
It's not I'm anti-social,
I'm only anti-work.
Gloryosky! That's why I'm a jerk!
BABY JOHN: (As Female Social Worker)
Eek!
Officer Krupke, you've done it again.
This boy don't need a job, he needs a year in the pen.
It ain't just a question of misunderstood;
Deep down inside him, he's no good!
ACTION
I'm no good!
ALL
We're no good, we're no good!
We're no earthly good,
Like the best of us is no damn good!
DIESEL (As Judge)
The trouble is he's crazy.
A-RAB (As Psychiatrist)
The trouble is he drinks.
BABY JOHN (As Female Social Worker)
The trouble is he's lazy.
DIESEL
The trouble is he stinks.
A-RAB
The trouble is he's growing.
BABY JOHN
The trouble is he's grown.
ALL
Krupke, we got troubles of our own!
Gee, Officer Krupke,
We're down on our knees,
'Cause no one wants a fellow with a social disease.
Gee, Officer Krupke,
What are we to do?
Gee, Officer Krupke,
Krup you!
17 mars 2008
Enrico Macias - Ouvre-moi la porte
[D'aucuns trouveraient suspecte l'entrée d'Enrico Macias sur ce site l'année
consécutive à à la victoire de qui-l'on-sait ; elle n'est pourtant que
concomitante].
Sur un forum musical, quelqu'un avait un jour posé la question : quel est votre premier
disque ? Certes, il aurait été plutôt classe de me voir répondre le
"Concerto no.21 de Mozart par Perahia", et même si la réponse n'aurait pas
été totalement fausse, puisqu'il s'agit effectivement de mon premier disque classique,
ce n'est pas cela. En réalité, le premier disque que j'ai écouté, c'est
celui qui accompagnait le tourne-disques offert à ma petite personne (de 33 mois
âgée) en décembre 1979, et c'était un disque de Chantal Goya qui
contenait, notamment "Bécassine". Mais bon, là non plus ce n'est pas
très original, et c'est pourquoi je préfère évoquer le deuxième
disque qui me fut offert... Ma mère ayant ressorti dernièrement tous les vinyles qui
ont bercé mon enfance, j'ai pu redécouvrir ce titre, qui, quoique qu'un peu risible
(surtout les deux dernières notes), n'est pas aussi mal fichu que ce que les
déformations de ma mémoire me laissaient supposer ! Et je comprends soudain mieux
pourquoi le microsillon est si usé...
| Chant | Jean-Claude Macias |
|---|---|
| Musique | Jacques Demarny |
| Paroles et Chant | Enrico Macias |
15 mars 2008
Schubert - Des Tages Weihe, D 763 (Hymne zur Namens-oder-Geburtsfeier)
Le printemps est revenu, au moins à temps partiel. C'est l'époque du renouveau, où le végétal, qui semblait avoir succombé à l'hiver, démontre sa résilience. Et, même au travers d'un prisme religieux, c'est bien la résilience dont cet hymne chante la joie. A la façon inimitée de Schubert, bien sûr : l'épanchement est modeste, tout comme la formation à laquelle il se destine. Même à quatre pupitres, le chœur de chambre semble entonner à l'unisson, la discrétion des contre-chants est d'une ultime élégance.
Sur un cœur rempli de reconnaissance,
La joie nous vivifie à nouveau,
Chaque souffrance s'est enfuie au loin.
Et la douleur est oubliée,
À travers les brumes rayonne l'éclat
De ta grandeur infinie,
Comme d'une claire couronne d'étoiles.
Tendrement, tu pris le calice amer de la souffrance
De la bouche du Père.
Ainsi dans les confins du monde
Ta grande douceur fut révélée.
Auf ein dankerfülltes Herz,
Uns belebt die Freude wieder,
Fern entfloh'n ist jeder Schmerz.
Und das Leid, es ist vergessen,
Durch die Nebel strahlt der Glanz
Deiner Grösse unermessen,
Wie aus hellem Sternenkranz.
Liebevoll, nahmst du der Leiden
Herben Kelch vom Vaters Mund.
Darum ward in Fern und Weiten
Deine höchste Milde kund.
| Choeur | Chœur Accentus |
|---|---|
| Compositeur | Franz Schubert |
| Direction | Laurence Equilbey |
| Piano | Edouard Garcin |
| Texte | Anonyme |
9 février 2008
Jeanne Cherhal - Une tonne
Des bois, des cuivres et une caisse claire : ce sont les ingrédients de ce très
spirituel arrangement. Jeanne Cherhal, dans la très aquatique chaleur de son dernier album,
L'eau, a eu du nez en faisant appel à Fred Pallem pour mettre au point la sauce
musicale de ce conte d'une boulimique. La symbiose entre texte et musique est brillante.
A noter que Fred Pallem et son groupe le Sacre du Tympan sort un disque entier d'arrangements de
chansons autour de chanteurs invités. L'album se nomme "La Grande ouverture" et
sera dans les bacs le 30 mars... Ci-dessous le dos du boîtier avec un alléchant
programme :
Et cette année dura mille jours
Jamais on n'avait vu d'automne
Si long et de printemps si court
Tous les jeudis au Desdémone
J'allais oublier mon corps lourd
En noyant ma large personne
Dans des bains brûlant mes pourtours
Dans la chaleur du Desdémone
J'étais sexy belle et glamour
Mais à heure fixe et monotone
Mon paradis fermait toujours
Alors je rentrais pauvre conne
Dans mon deux-pièces aveugle et sourd
Et j'allongeais ma pauvre tonne
Dans du velvet et du velours
Sur la voix de Nico Icon
De ma peau je faisais le tour
Avant de noyer ma bonbonne
Dans un gras sommeil de tambour
J'étais une tonne qui n'aimait personne
L'année suivante j'ai maigri
Puis j'ai repris 800 kilos
Que j'ai perdus presque à demi
Pour les regagner à nouveau
C'était l'époque où à midi
Je déjeunais de queues d'agneau
J'en avalais des panoplies
Et je dégueulais en sanglots
Souvent le soir un vieil ennemi
Venait m'escalader le dos
Et moi montagne blasée d'ennui
Je le laissais faire son boulot
A plat ventre sur mon grand lit
J'étais offerte à ce nabot
Il ruait je disais merci
Il jouissait je disais bravo
Quand enfin il était parti
Je me repassais ma Nico
Et dans le noir post coïti
Je consolais mon corps trop gros
J'étais une tonne qui n'aimait personne
Il y a un an, à ras de terre
J'allais énorme et sans désir
Faire des parties de solitaire
En buvant trop et sans plaisir
Dans un café presque désert
M'est apparue entre deux kirs
L'image d'un type ordinaire
Qui m'a regardée sans frémir
Comme un hélium dans mes artères
Il est entré sans prévenir
Et moi montagne blasée hier
Je me suis vue naître et mourir
Il resta et les jours passèrent
Je l'adorais à en maigrir
Plus ses mains carressaient ma chair
Plus je sentais ma tonne me fuir
Aujourd'hui mon beau mon si cher
Grâce à toi enfin je respire
Mon obésité suicidaire
N'est plus qu'un mauvais souvenir
| Arrangement | Fred Pallem |
|---|---|
| Paroles, Musique, Chant | Jeanne Cherhal |
| Et aussi | Philippe Entresangle (Caisse claire), Sylvain Rifflet (Flûtes, flûte piccolo, clarinettes, clarinette basse), Yann Martin (Trompettes), Renald Villoteau (Tuba, saxhorn) |