Mozart / Solti / Jacobs
Le Nozze di Figaro - Ouverture
Ancien ou moderne ? Ainsi pourrait-on dénommer les deux camps qui se sont opposés
depuis les années 80, dans le petit monde des amateurs de musique classique. Dans un tel
contexte, on est sommé de faire un choix.
Les Anciens n'appellent pas les Modernes "modernes", mais "baroqueux", avec
toute la dépréciation que peut porter le suffixe en "eux". Car ils le
méritent, songez-donc : des maniaques qui frôlent la crise cardique à
l'idée d'entendre Haendel avec un diapason à 440Hz !. Des rétrogrades qui
préfèrent écouter l'aigre sonorité d'un pianoforte, plutôt que
d'apprécier la classe d'un piano Steinway pour interpréter un concerto de
Beethoven ! Des illuminés capables de s'extasier sur l'harmonie moyennâgeuse de
Monteverdi ! Comble de l'hérésie, ces sombres individus ont fini par se
mêler de "ré-interpréter" la vraie musique, celle du
dix-neuvième !
Les Modernes n'appellent pas les Anciens "anciens", mais "vieux cons", usant
à leur tour du suffixe en "eux", mais l'aggravant d'un substantif pour le moins
éloquent. Que dire d'autre, en effet, d'individus qui trouvent normal d'utiliser le
même orchestre pour donner Vivaldi et Richard Strauss ? Qui énoncent et accentuent
la phrase haendlienne comme si Schumann les avait écrites. Et, comble de
l'hérésie, d'individus capables ricaner d'un air entendu sur tout compositeur
antérieur au dix-huitième siècle ?
J'avoue que je déteste le son du pianoforte, et que je déteste aussi la façon
dont Karajan a dirigé les quatre saisons de Vivaldi. En revanche, j'avoue adorer l'ouverture
des Noces de Figaro par Georg Solti dirigeant son gros London Symphony Orchestra, tout comme je
jouis de l'ardeur dont fait montre René Jacobs dans le même morceau. Et d'ailleurs, ces
deux enregistrements, malgré les camps dont ils proviennent, se ressemblent plus qu'il ne
paraît. La preuve, on peut les mélanger. Alors, moderne ou ancien ?
(La tonalité des deux extraits a été corrigée de façon
à pouvoir les mixer. La version de Solti a été abaissée d'un quart de
ton, tandis que celle de Jacobs a été remontée d'un quart de ton. La vitesse de
lecture a été proportionnellement modifiée : Solti joue un chouïa
plus lentement qu'à l'origine, tandis que Jacobs joue un poil plus vite.)
Crédits
| Compositeur | Wolfgang Amadeus Mozart |
|---|---|
| Direction | Sir Georg Solti |
| Direction | René Jacobs |
| Orchestre | London Philharmonic Orchestra |
| Orchestre | Concerto Köln |
| Ajouté le | 2 décembre 2006 |
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