Dvorák
Quintette avec piano op.81 no.2
Être à la fois agacé et fasciné par quelqu'un, n'avez-vous jamais
ressenti ce paradoxe ? Moi si, mais en l'occurrence l'objet de mon attraction-répulsion
est un disque que j'ai découvert aujourd'hui. On peut y entendre deux œuvres de Dvorak,
compositeur tchèque de la fin du dix-neuvième siècle, dont j'aime la musique
pour le sentiment mêlé de nostalgie et de bonheur fulgurant et étourdissant
qu'elle éveille en moi.
Le disque en question propose deux quintettes "avec piano" (pourquoi ne cite-t-on qu'un
instrument sur les cinq, se demanderont les plus curieux et ignorants d'entre vous : parce que
les autres instruments sont les instruments "par défaut" de toute formation de
chambre, à savoir deux violons, un alto et un violoncelle ; toute variation par rapport
à cette formation "par défaut" sera généralement
précisée dans l'intitulé). Le premier est célèbre, et c'est celui
dont je vous propose un extrait. Le second, je l'ai découvert dans ce disque, et il confirme
que, définitivement et éternellement, j'aime Dvorak.
Alors pourquoi ce sentiment ambivalent à l'égard de ce disque, comme je
l'évoquais plus haut ? Parce que l'interprétation me paraît sans
unité ; on y trouve des sautes de tempo d'une mesure à l'autre sans justification
particulière, chaque instrument joue individuellement, sans souci de former un son
d'ensemble. Le piano, lorsqu'il prend la parole, presse les phrases ; quand il joue avec les
autres, les égrène dans un staccato baroque et donc anachronique. Parfois, les
instruments semblent jouer à la course. La hauteur des cordes est par moment très
imprécise, à la limite de jouer faux, ce qui ne manque pas de heurter les oreilles
quand elles viennent se frotter à un piano qui est, par essence, toujours juste.
Et pourtant, une certaine jubilation ressort de tout cela. Cette façon à la limite du
baroque d'aborder un répertoire éminemment romantique fait par moments de fascinantes
étincelles. Le côté extrêmement percussif de tous les instruments, leur
précision rythmique (je ne parle pas du tempo, qui est terriblement lâche, mais de la
précision rythmique au sein de la mesure), l'énergie qu'ils investissent dans chaque
note, forment un mélange explosif. Je vous propose d'en écouter le point culminant,
qui comporte les défauts que j'ai décrits, mais où ressortent surtout ces
qualités.
Crédits
| Compositeur | Antonín Dvorák |
|---|---|
| Piano | András Schiff |
| Quatuor | Panocha Quartet |
| Ajouté le | 4 février 2006 |
