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- I'm Growing Fonder Of You
- Sonate no.16 K. 545 en Do majeur - Avec arrangement au second piano
- Don't Stop Moving
- A Certain Smile
- Your Cheatin' Heart
- Pourquoi m'as-tu mordu l'oreille ?
- Jean and Dinah
- Mistral Gagnant
- Quintette avec piano op.81 no.2
- Fantaisie en Ut Majeur D.934 (1ère partie - Andante Molto)
- Landlër op. 780c no.2
- Commentaires
L'année des has-been
L'année 2006
Vous êtes tenté d'écrire 2006 chaque fois que vous écrivez la date sur un chèque ? Cette rubrique est faite pour vous maintenir dans le bain.
10 décembre 2006
Serge Gainsbourg - L'eau à la bouche
C'est en écoutant hier une web-radio américaine que j'ai prêté attention, pour la première fois, à cette chanson de Serge Gainsbourg. Comme quoi je devrais faire attention plus souvent.
| Chant | Serge Gainsbourg |
|---|
2 décembre 2006
Solti / Jacobs - Le Nozze di Figaro - Ouverture (Mozart)
Ancien ou moderne ? Ainsi pourrait-on dénommer les deux camps qui se sont opposés
depuis les années 80, dans le petit monde des amateurs de musique classique. Dans un tel
contexte, on est sommé de faire un choix.
Les Anciens n'appellent pas les Modernes "modernes", mais "baroqueux", avec
toute la dépréciation que peut porter le suffixe en "eux". Car ils le
méritent, songez-donc : des maniaques qui frôlent la crise cardique à
l'idée d'entendre Haendel avec un diapason à 440Hz !. Des rétrogrades qui
préfèrent écouter l'aigre sonorité d'un pianoforte, plutôt que
d'apprécier la classe d'un piano Steinway pour interpréter un concerto de
Beethoven ! Des illuminés capables de s'extasier sur l'harmonie moyennâgeuse de
Monteverdi ! Comble de l'hérésie, ces sombres individus ont fini par se
mêler de "ré-interpréter" la vraie musique, celle du
dix-neuvième !
Les Modernes n'appellent pas les Anciens "anciens", mais "vieux cons", usant
à leur tour du suffixe en "eux", mais l'aggravant d'un substantif pour le moins
éloquent. Que dire d'autre, en effet, d'individus qui trouvent normal d'utiliser le
même orchestre pour donner Vivaldi et Richard Strauss ? Qui énoncent et accentuent
la phrase haendlienne comme si Schumann les avait écrites. Et, comble de
l'hérésie, d'individus capables ricaner d'un air entendu sur tout compositeur
antérieur au dix-huitième siècle ?
J'avoue que je déteste le son du pianoforte, et que je déteste aussi la façon
dont Karajan a dirigé les quatre saisons de Vivaldi. En revanche, j'avoue adorer l'ouverture
des Noces de Figaro par Georg Solti dirigeant son gros London Symphony Orchestra, tout comme je
jouis de l'ardeur dont fait montre René Jacobs dans le même morceau. Et d'ailleurs, ces
deux enregistrements, malgré les camps dont ils proviennent, se ressemblent plus qu'il ne
paraît. La preuve, on peut les mélanger. Alors, moderne ou ancien ?
(La tonalité des deux extraits a été corrigée de façon
à pouvoir les mixer. La version de Solti a été abaissée d'un quart de
ton, tandis que celle de Jacobs a été remontée d'un quart de ton. La vitesse de
lecture a été proportionnellement modifiée : Solti joue un chouïa
plus lentement qu'à l'origine, tandis que Jacobs joue un poil plus vite.)
| Compositeur | Wolfgang Amadeus Mozart |
|---|---|
| Direction | Sir Georg Solti |
| Direction | René Jacobs |
| Orchestre | London Philharmonic Orchestra |
| Orchestre | Concerto Köln |
21 octobre 2006
Sean Lennon - Tomorrow
Si Sean Lennon n'était pas le fils de, j'oserais faire remarquer que ce morceau débute
comme un morceau des Beatles…
C'est très court, autant que l'album hélas, mais c'est étonnant : la voix
fluette de ce grand gaillard qui se cache derrière sa barbe, d'abord, mais surtout les
mélancoliques mélodies qui donnent un charme fou à la promenade que constitue
cet album. Je le place d'emblée dans mes préférés de l'année.
| Chant | Sean Lennon |
|---|
3 octobre 2006
Karpatt - Le Bar du silence
Dans le genre "Mes potes et moi on aime la bière et les meufs" (même si dans cette chanson, première piste et donc introduction de l'album, on évoque surtout le cadre dans lequel vont se consommer la première et se discuter les secondes (et non l'inverse bien sûr)), dans le genre, disais-je donc, conversations de comptoir, voici une chanson que je trouve particulièrement accrocheuse. Si le groupe, qui n'en est pas à son premier album, bénéficiait d'un petit soutien médiatique (et on en est loin : Amazon n'a même pas le disque dans son catalogue !), nul doute que cette chanson pourrait se faire un petit succès.
| Groupe | Karpatt |
|---|
2 octobre 2006
The Black Eyed Peas - Don't Lie
En provenance du dernier album des Black Eyed Peas, que j'ai déjà cités ici, voici un tube très pop, mais qui porte malgré tout la marque d'excellence du groupe. Faire à la fois plus cool et énergique paraît impossible. Non seulement tout cela est virtuose, mais en plus on ne compte une seule mesure où le soufflé retombe. Très fort.
| Groupe | The Black Eyed Peas |
|---|
27 août 2006
London Salon Ensemble - To Wander Around The World
L'extrait que voici se rangerait au rayon classique, sous-rayon "easy listening" (à
côté d'André Rieu, en fait). Ou plus noblement, on peut en qualifier la musique
de "musique de salon", comme le suggère le nom du groupe qui l'interprète.
Mais, du chef d'orchestre batave, ces musiciens ne se démarquent pas qu'au niveau du niveau
du compte en banque : leur approche de la musique de salon est plus rigoureuse, plus
systématique, et surtout beaucoup plus respectueuse. Là où l'un se permet de
ré-arranger des valses de Strauss pourtant déjà écrites clés en
main pour l'orchestre, le London Salon Ensemble part à la recherche des perles rares et
autres délicieusetés oubliées, et les interprète avec autant de rigueur
que s'il s'agissait du mainstream de la musique classique.
Ce morceau de 13 minutes est un "pot pourri", tel que l'a nommé son assembleur
germanique, de 15 thèmes célèbres aux oreilles allemandes de la période
pré-hitlérienne, thèmes qui nous sont à nous totalement inconnus, mais
dont je subodore qu'ils auraient très bien pu faire des tubes si on les avait
présentés à nos compatriotes. Bien qu'intitulé "promenade autour du
monde", il s'agit surtout d'une petite ballade en quelques lieux d'Europe, mélangeant
foxtrots, tangos, valses, paso dobles et polkas. Les extraits proviennent tous d'opérettes
viennoises de la fin du dix-neuvième siècle.
La musique est facile, en ce sens qu'elle charme l'oreille et n'invente rien, à part des
mélodies, elles-mêmes ultra-classiques. Mais dans ce cadre restreint, la
volubilité de l’ensemble forme une sucrerie très bien dosée. Le groupe est
d'une homogénéité, d'une rigueur et d'un chanté fabuleux, qui à
force de bon goût atteint parfois le mauvais : à tant rechercher la joliesse des
notes et de leurs inflexions, les paso dobles perdent leurs angles et par là même un
peu d'énergie. Mais c'est un peu cela que l'on attend d'une musique de "salon".
Alors, à moins de détester les desserts (tels les puristes du baroque*), cette
pâtisserie abondante devrait assurer le plaisir de plus d'une oreille…
* Je me permets de préciser que, comme en témoigne un certain nombre d'extraits
sur ce site, j'aime aussi la musique baroque.
Liste des extraits :
1. 0:00 Introduction
2. 0:33 Foxtrot lent - Meine süsse, kleine Freundin (Ludwig Schmidseder)
3. 1:33 Tango - Zigeunerblut (Will Meisel)
4. 2:58 Wiegendes Walzertempo - Ich sing' mein Lied heut' nur für Dich (Robert Stolz)
5. 3:42 Polka - Marie, Mara, Marie-Maruschkata (Herms Niel)
6. 4:24 Slow foxtrot - In der Nacht da gib acht! (Harold Böhmelt)
7. 5:04 Tango Serenade - Eine Serenade klingt bei Nacht durch Venedig so süss (Gerhard
Mohr)
8. 6:02 Slow foxtrot - Die grosse Chance meines Lebens (Will Meisel)
9. 6:46 Paso doble - Komm doch ein Bisschen mit nach Madrid (Franz Doelle)
10. 7:31 Foxtrot - Ja, ja am Strande (Willy Engelberger)
11. 8:17 Tango - Wir wollen Freunde sein fürs ganze Leben (Will Meisel)
12. 9:55 Foxtrot - Heut' könnte ich die ganze Welt umarmen (Franz Doelle)
13. 10:39 Slow Waltz - Mein Herz ruft immer nur nach Dir, oh, Marita! (Robert Stolz)
14. 12:17 Paso doble - Wenn ein Torero verliebt ist (Eberhard Glombig)
15. 13:04 Coda
| Compilation et arrangements | Nico Dostal |
|---|---|
| Groupe | London Salon Ensemble |
12 août 2006
Lisa Ekdahl & Peter Nordahl Trio - Now Or Never
Lisa Ekdahl, vous la connaissez au moins pour la musique de la pub pour le parfum "Anaïs
Anaïs" de Cacharel. Le titre s'intitulait "It's Oh So Quiet" (titre repris
également par Bjork, avec tout l'emportement qu'on lui connaît).
Mais rien à voir ici. Du pur swing, avec le Peter Nordahl Trio, groupe associé (mais
pas collé) à la chanteuse. Le morceau s'enfièvre au fur et à mesure, et
atteint un densité swingesque, si je puis m'autoriser le néologisme, digne des plus
grands (mention spéciale au pianiste). Quant aux propos de la chanson (que l'on doit à
Billie Holiday), ils forment un gimmick ("It's got to be yes / Or No / It's either you stay /
Or go / You can't leave me on / The shelf / You gotta to commit / Yourself") à la fois
très drôle, astucieux, et correspondent tellement à la réalité.
Tellement que je me les adresserais bien à moi-même plus souvent que je ne devrais.
’cause I’ve been waiting such a long, long time
Refrain
Now baby or never ’cause I've been so good to you
Now baby or never ’cause I’ve been so lonesome, too
Now baby or never if I mean anything to you
Now baby or never ’cause I wasted so much time
Now baby or never and you must make up your mind
Now baby or never, and it ain’t no fault of mine
It’s got to be yes or no
It’s either you stay or go
You can’t leave me on the shelf
You gotta commit yourself
It’s either you will
Or you won’t fall in love with me
I'm gonna call you once more on the telephone
I’ll give you till twelve then I’ll be gone
| Chant | Lisa Ekdal |
|---|---|
| Paroles | Billie Holiday |
| Piano, arrangements | Peter Nordahl |
| Et aussi | Ronnie Gardiner (Batterie), Patrik Boman (Contrebasse, arrangements), Curtis R. Lewis (Musique) |
13 juillet 2006
Fats Waller and his Rhythm - I'm Growing Fonder Of You
C'est la journée Fats Waller sur ce site ! Avant d'aller découvrir une interprétation
fidèle et brillante par mon pianiste préféré, de ce jazzman pianiste de
la première heure, écoutons l'original, dans un moment à la fois suave et qui
pourtant garde tout son dynamisme. On entend ici Fats Waller à la fois au piano, auquel il
excellait, et au chant, de sa voix gouailleuse qui n'a pas dû être sans influence sur
Louis Armstrong. Il est accompagné de son "Rhythm", nom donné au groupe qui
l'accompagnait.
Cet enregistrement a de surcroît une particularité étonnante : vous pouvez
en effet écouter un enregistrement datant du milieu des années 30 en
stéréo ! Le son a certes subi les dommages du temps, mais les ingénieurs
du son ont réussi a en tirer le meilleur parti et à proposer quelque chose qui, compte
tenu de l'âge de la prise de son, se défend très bien.
To me the winter is like the spring,
And it's no wonder,
I'm growing fonder of you, yes.
I'm growing fonder of all I see,
A garden blooming, a barren tree,
And it's no wonder,
I'm growing fonder of you, yes, you.
Love and life are such a happy pair,
Love and life are full of fascination (if you get what I mean).
Living, loving, banish every care,
Is there any sweeter relaxation?
I'm growing fonder of every star,
I love to wander where daisies are,
And it's no wonder,
I'm growing fonder of you!
Yes, swing me on out there in the garden, now!
Uh-huh!
Aw, mercy!
It's a lovely thing, I'm telling you, out here in this garden! It's lovely!
Aw, tweeter, tweeter, tweeter, tweet!
Even the birds is fascinated this morning, yes!
Aw, mercy!
Banish every care!
Is there any sweeter relaxation? Huh? Tell me! Tell me!
I'm growing fonder of every twinkling star,
I love to wander where daisies are,
And it's no wonder,
I'm growing fonder of you! Yes, you!
Well, all right, then!
| Groupe | Fats Waller and his Rhythm |
|---|---|
| Piano, voix | Thomas "Fats" Waller |
12 juin 2006
Mozart / Grieg - Sonate no.16 K. 545 en Do majeur - Avec arrangement au second piano
Je parlais il y a quelques semaines d'un étonnant arrangement d'une sonate de Mozart, que
j'avais eu l'occasion d'entendre en bis d'un concert de Martha Argerich et Nelson Freire. Il se
trouve que vient de sortir fort à propos un enregistrement de cette œuvre, assez peu
gravée il faut dire. Martha Argerich semble l'apprécier, puisque c'est encore elle que
l'on peut entendre, cette fois-ci accompagnée du jeune Piotr Anderszewski. Il s'agit de la
captation d'un concert donné au mois de juin 2005, dans le cadre du festival de Lugano, dont
la pianiste n'est autre que la directrice artistique, et qui l'utilise pour faire partager à
de jeunes artistes les joies de la musique de chambre.
Le premier piano reprend à la note près la sonate de Mozart, et Grieg a
composé pour le second piano un arrangement très "romantisant", dont on ne
peut pas dire qu'il doublonne ni n'éclaire la sonate de Mozart, mais plutôt qu'il lui
donne une tout autre tournure. On peut même dire que Grieg "détourne"
l'œuvre de Mozart (d'où certainement le peu de reprises de cette œuvres par des
musiciens "sérieux"). Mais il a y a quelque chose de cocasse dans cette
juxtaposition de deux styles musicaux, et il est amusant de voir comment, en ajoutant simplement des
notes, on peut faire dire autre chose à une œuvre.
| Arrangement (piano 2) | Edvard Grieg |
|---|---|
| Compositeur (piano 1) | Wolfgang Amadeus Mozart |
| Piano | Martha Argerich |
| Piano | Piotr Anderszewski |
15 avril 2006
S Club 7 - Don't Stop Moving
L'événement musical du moment, celui qui préoccupe et angoisse tous les foyers d'Europe de l'Atlantique à l'Oural, de l'Arctique à la Méditerranée, bref j'ai nommé l'Eurovision, m'a fait songer à ce titre, vite aimé mais vite oublié, qui avait égayé mon été 2001. Il n'a jamais fait l'Eurovision, mais il partage l'esprit des chansons gagnantes, en mieux fini. Et puisque ce mini-tube a cinq ans, nous allons prétendre que c'est pour cela que je le présente aujourd'hui. La raison officieuse, c'est qu'en le réécoutant, je me suis rendu compte que je me laissais toujours autant aguicher, cinq ans après, par cette chose un peu facile mais loin d'être dénuée de talent et de savoir-faire. Pour l'histoire, les "S Club 7" sont un groupe anglais, à l'origine dans une série qui mettait en scène sept jeunes apprentis chanteurs et chanteuses, qui veulent percer dans la pop et partent à la conquête de l'Amérique. La fiction a finalement rejoint la réalité (à moins que tout cela ne soit prévu d'avance ?), puisqu'ils ont enregistré plusieurs albums. Les curieux trop âgés pour regarder KD2A, ou trop jeunes pour avoir des enfants qui regardent cette émission, savent désormais quand les apercevoir à la télévision.
| Groupe | S Club 7 |
|---|
4 avril 2006
Johnny Mathis - A Certain Smile
Je ne sais pas si ça s'est remarqué, mais j'aime bien la "variété" américaine, tous ces grands standards issus du jazz ou des musicals, que l'on doit à quelques songwriters désormais considérés comme classiques, repris par toutes les grandes voix du siècle. Mais tout le monde ne s'appelle pas Sinatra, Martin ou Fitzgerald. On compte aussi parmi ces voix qui ont soutenu le grand répertoire des semi-tâcherons, grouillots du grand classique, disposant généralement d'une voix plus que correcte, mais à la trajectoire et aux choix artistiques plus flous. Ainsi en va-t-il de Johnny Mathis, chanteur noir américain à la voix protéiforme et pourtant reconnaissable entre mille, qui connut ses heures les plus célèbres à la fin des années 50, et dont les interprétations vont du "mouais, bof" jusqu'au "pas mal du tout", généralement enrobées d'un kitsch que le temps qui passe rend presque sympathique. Je vous propose de découvrir le "pas mal du tout", et surtout le merveilleux timbre dont l'a injustement doté Mère Nature, dans une chanson extrêmement sucrée.
| Chant | Johnny Mathis |
|---|---|
| Musique | Sammy Fain |
| Paroles | Paul Francis Webster |
23 mars 2006
James Brown - Your Cheatin' Heart
Can you beat it? Voici le morceau le plus groovy du monde ! Cet astucieux mariage entre un gros jazz band et la soul music (à équidistance du blues et du funk) me tire du lit tous les matins depuis une semaine… James Brown, le chanteur de Sex Machine pète une fois de plus les plombs (et révèle au passage la solidité de ses cordes vocales), mais avec un arrangement pareil, il a vraiment de quoi ! Tout l'album est génial.
| Chant | James Brown |
|---|
2 mars 2006
Jean Yanne - Pourquoi m'as-tu mordu l'oreille ?
Je dois la découverte de ce disque à Laurent Ruquier, à l'époque
où il officiait sur France Inter (les fans de Rien à cirer peuvent d'ailleurs aller
jeter un œil ici). Jean
Yanne avait enregistré dans les années 60 des chansons insolentes, burlesques,
anarchistes, dont celle-ci, qui joue surtout dans les registres absurdes et parodiques. L'acteur
montre dans les différentes chansons des talents de comédien variés : ici
on le trouve dans une succulente imitation du style Charles Aznavour !
(Sur le même disque, je conseille L'Enuque, Camille et Le Rock Coco !)
Devant les draps froissés par une nuit commune
Baissant nos quatre yeux, soudain nous comprenons
Notre affreux désespoir, notre immense infortune.
Nous sommes les victimes à jamais séparées
D'un phénomène qui dissocia notre couple
Et comme l'araignée contemplant le fil souple
De sa toile qu'un vieux balai vient de crever,
Nous voyons se dresser le souvenir tragique
De ce qui fut pour nous un amour extatique.
Et devant les débris de notre passion
Soudain dans mon esprit s'infiltre une question :
Pourquoi m'as-tu mordu l'oreille ?
Pourquoi pris-tu mon lobe entre tes dents
Et me le happas-tu de ta bouche vermeille
Quand le tango nous grisait d'un rythme troublant ?
Ta tête était sur mon épaule
Tu m'as dit "penche-toi, que mes lèvres te frôlent"
Mais de tes incisives longues et pointues,
Pourquoi pris-tu mon lobe et me le mordis-tu ?
Depuis ce jour vois-tu la vie n'est plus pareille,
Car entre nous le lien de l'amour s'est brisé.
Depuis que tu m'as mordu l'oreille…
Nous vivons comme des étrangers !
| Chant, paroles, musique | Jean Yanne |
|---|---|
| Musique | Popoff |
28 février 2006
Robert Mitchum - Jean and Dinah
Afin de prolonger l'extrait que Karl Zéro nous avait fait découvrir il y a un an et demi, voici une curiosité que j'avais oublié de signaler l'an passé. Robert Mitchum, le dangereux prêcheur de La Nuit du chasseur avait un goût pour la calypso, musique caribéenne dont le reggae est un descendant ! Ecoutez donc le taciturne acteur se transformer en joyeux drille, dans la version anglaise de la chanson de Karl Zéro. J'ignore si l'animateur télé connaissait le disque de l'acteur (sorti de 40 ans d'oubli par une réédition CD en 1995), mais on notera leur remarquable similitude en matière d'aptitudes vocales…
| Chant | Robert Mitchum |
|---|
23 février 2006
Lara Fabian - Mistral Gagnant
J'évoquais la dernière fois un morceau qui suscitait ce curieux sentiment
d'attraction-répulsion. Les choses ne sont pas très différentes pour celui-ci,
bien que dans un tout autre genre. Je ferai abstraction de l'image de marque de Lara Fabian,
associée à la caste de ces chanteuses-à-voix qui achèvent invariablement
leurs chansons-guimauve en hurlements destinés à montrer la puissance de leur organe.
Cette image, elle la mérite bien un peu, par ses choix musicaux, mais il est injuste de s'en
arrêter là. Prenez cet extrait. Mistral Gagant, c'est de la petite émotion, pas
du "Je t'aime" gueulé à tout va : comment Lara Fabian va-t-elle s'en
sortir ? Pas trop mal, en fait. C'est sûr, la chanteuse et ses musiciens ne sont jamais
très loin de la vulgarité : le piano martèle avec un manque criant de
nuance et d'expression la magnifique ritournelle de Renaud ; Lara Fabian surjoue les
sentiments, étale sans réelle justification toutes les possibilités de sa voix
(ce que j'appelle "l'onanisme vocal"). Mais force est de reconnaître que la chanson
de Renaud n'est pas défigurée, que l'émotion reste et que Lara Fabian a une
voix magnifique qu'elle manipule magistralement. On ne peut que lui souhaiter de l'utiliser à
meilleur escient, et pour cela d'être un peu mieux contrôlée et entourée
(ce qui risque d'être le cas depuis qu'elle partage la vie de Jean-Félix Lalanne,
guitariste au bon goût reconnu), et tout sera parfait.
[Du même album, je vous conseille d'écouter "Addio del passato", audacieuse
tentative de faire passer de l'opéra à la sauce variétés. Et ma foi,
assez concluante. Verdi va avec tout].
| Chant | Lara Fabian |
|---|
4 février 2006
Dvorák - Quintette avec piano op.81 no.2
Être à la fois agacé et fasciné par quelqu'un, n'avez-vous jamais
ressenti ce paradoxe ? Moi si, mais en l'occurrence l'objet de mon attraction-répulsion
est un disque que j'ai découvert aujourd'hui. On peut y entendre deux œuvres de Dvorak,
compositeur tchèque de la fin du dix-neuvième siècle, dont j'aime la musique
pour le sentiment mêlé de nostalgie et de bonheur fulgurant et étourdissant
qu'elle éveille en moi.
Le disque en question propose deux quintettes "avec piano" (pourquoi ne cite-t-on qu'un
instrument sur les cinq, se demanderont les plus curieux et ignorants d'entre vous : parce que
les autres instruments sont les instruments "par défaut" de toute formation de
chambre, à savoir deux violons, un alto et un violoncelle ; toute variation par rapport
à cette formation "par défaut" sera généralement
précisée dans l'intitulé). Le premier est célèbre, et c'est celui
dont je vous propose un extrait. Le second, je l'ai découvert dans ce disque, et il confirme
que, définitivement et éternellement, j'aime Dvorak.
Alors pourquoi ce sentiment ambivalent à l'égard de ce disque, comme je
l'évoquais plus haut ? Parce que l'interprétation me paraît sans
unité ; on y trouve des sautes de tempo d'une mesure à l'autre sans justification
particulière, chaque instrument joue individuellement, sans souci de former un son
d'ensemble. Le piano, lorsqu'il prend la parole, presse les phrases ; quand il joue avec les
autres, les égrène dans un staccato baroque et donc anachronique. Parfois, les
instruments semblent jouer à la course. La hauteur des cordes est par moment très
imprécise, à la limite de jouer faux, ce qui ne manque pas de heurter les oreilles
quand elles viennent se frotter à un piano qui est, par essence, toujours juste.
Et pourtant, une certaine jubilation ressort de tout cela. Cette façon à la limite du
baroque d'aborder un répertoire éminemment romantique fait par moments de fascinantes
étincelles. Le côté extrêmement percussif de tous les instruments, leur
précision rythmique (je ne parle pas du tempo, qui est terriblement lâche, mais de la
précision rythmique au sein de la mesure), l'énergie qu'ils investissent dans chaque
note, forment un mélange explosif. Je vous propose d'en écouter le point culminant,
qui comporte les défauts que j'ai décrits, mais où ressortent surtout ces
qualités.
| Compositeur | Antonín Dvorák |
|---|---|
| Piano | András Schiff |
| Quatuor | Panocha Quartet |
22 janvier 2006
Schubert - Fantaisie en Ut Majeur D.934 (1ère partie - Andante Molto)
Récent mais fier propriétaire d'un baladeur audionumérique de marque
californienne (un iPod, pour les lents à la détente), je dois à ce petit objet
(si sensible aux rayures) la découverte de l'extrait que je vais présenter ici.
J'avoue être un acheteur impulsif (en plus d'un emprunteur frénétique et d'un
téléchargeur irréfléchi). Le disque dont est extrait ce passage
était parti se ranger dans mes rayons, sans que je l'eusse véritablement
écouté, probablement déçu par la première plage, ou
détourné par des préoccupations autrement plus importantes (genre l'eau des
pâtes qui déborde sur les plaques chauffantes) alors qu'il tournait pour la
première fois dans mon lecteur CD. Un jour, il s'est trouvé transféré
sur mon iPod video 60 giga-octets, sans que je m'en aperçoive vraiment : une goutte
parmi les 9000 morceaux qui ont connu la même destination.
Quelques semaines plus tard, afin d'égayer une petite marche à pied fort longue en
une journée d'hiver fort courte le long d'un canal fort déprimant (le Canal du Midi,
construit par Pierre-Paul Riquet au dix-septième siècle, qui peut en d'autres saisons
constituer un cadre de promenade paradisiaque), je fis le choix presque aléatoire
d'écouter un duo piano-violon de Schubert.
Et franchement, je me demande comment j'ai pu rater cette sublime fantaisie. Ce que vous propose
d'écouter n'en est que l'introduction. Un teaser, en quelque sorte. Si vous commencez juste
à aborder la musique "classique", rappelez-vous de chaque détail car ils
sont typiques du compositeur. La suite, que vous découvrirez vous-mêmes je
l'espère, réserve d'autres surprises (car le propre d'une Fantaisie est de laisser
libre court à un vagabondage musical parmi différents thèmes et climats). Je
signalerai juste au passage que la troisième partie de cette fantaisie reprend un magnifique
lied (une chanson, en termes plus simples) du même compositeur, pour le décliner en
variations.
Note : pour admirer l'étendue de la palette schubertienne, autant que
l'homogénéité de sa plume, vous pouvez écouter une autre fantaisie de son cru, cette fois
réservée à deux pianos, beaucoup plus sombre dans ses idées, et pour
cette raison classée dans la rubrique "La vie est un abîme sans fond".
| Compositeur | Franz Schubert |
|---|---|
| Piano | Jérôme Ducros |
| Violon | Renaud Capuçon |
1er janvier 2006
Schubert - Landlër op. 780c no.2
Voici, en guise de vœux pour le nouvel an, cinquante petites secondes de magie. On les doit au jeune Schubert, qui avait négligemment laissé traîner ce ländler en un endroit fort difficile à débusquer, puisque cette pièce n'a été retrouvée que récemment. Pensez à ce dont se sont privés vos ancêtres pendant deux siècles, et savourez donc l'idée d'être là en 2006.
| Compositeur | Franz Schubert |
|---|---|
| Piano | Michael Endres |