Giuseppe Verdi / Ileana Cotrubas, Carlos Kleiber
La Traviata - Sempre libera
Difficile de suivre le cheminement de pensée qui mène de Maria Callas aux
interprétations de Kleiber ! Mais pas impossible : ainsi hier, je discutais avec un
(ex ?) ami, qui voulait absolument me convaincre que Maria Callas était la plus grande
cantatrice de tous les temps. Il faut préciser que pour moi le plus grand mystère chez
cette femme est la vénération qu'elle suscite ! Quand je l'écoute,
j'entends surtout une chanteuse qui chante faux. Mais déstabilisé par
l'exaspération de mon interlocuteur qu'entraînaient mes propos médisants, je me
suis dis que je l'avais peut-être mal jugée, et que lui accorder une seconde chance
devenait urgent. En avant donc pour une petite compilation consacrée à la diva.
Passons sur le timbre, qui relève vraiment de la préférence de chacun, il faut
reconnaître qu'elle fait preuve d'une grande subtilité dans l'air
archi-célèbre de "La Wally". Mais c'est en l'entendant dans la Traviata que
j'ai commencé à souffrir ! Faux du début jusqu'à la fin. Afin de me
remettre de mes émotions, je me suis donc tourné vers la version de la Traviata qui
fait référence à mes oreilles : j'ai nommé celle de 1977, par
Carlos Kleiber à la direction, et Ileana Cotrubas, dans le rôle de Violetta (le
même que celui incarné par la Callas dans l'extrait qui m'avait souffrir). Si le timbre
d'Ileana Cotrubas, plus léger, a ma préférence, il faut reconnaître
qu'elle n'est pas non plus exempte de défauts. Au moins, elle a le mérite de chanter
juste. Mais chassez le naturel, il revient au galop : je n'ai jamais été un grand
amateur de voix lyriques, et c'est donc la direction de Kleiber qui me ravit le plus dans cet
enregistrement. Ce qui m'a fait penser à tout autre chose, que j'ai entendu cet
après-midi : un disque consacré à d'aimables compositions de Fritz
Kreisler, interprété par un jeune violoniste canadien, James Ehnes. Si Liebesfreud
change un peu de ce que l'on a l'habitude d'entendre, quelque chose m'a paru manquer, et c'est en
pensant à Kleiber que j'ai trouvé : ce que Ehnes n'a pas, c'est la grâce et
la légèreté tournoyantes que Kleiber donne aux valses. Ce que l'on pourrait
peut-être qualifier d'esprit viennois. Ce tempo fluctuant, au sein même d'une cellule
rythmique de trois temps, cette légère hésitation, comme un envol interrompu,
avant de reprendre de plus belle. Cette grâce qu'a trouvée Kleiber, je voudrais
l'illustrer, non dans une bête valse viennoise, ce qui serait trop facile, mais dans ce
passage issu de la Traviata, dont je causais tout à l'heure, interprété
là aussi par Ileana Cotrubas, à la voix très juvénile.
Petite référence cinématographique pour finir : Gérard Corbiau,
dont tous les films ont pour sujet la musique (Farinelli est son plus célèbre) a
commencé par un film relativement méconnu, "Le maître de musique",
avec la basse José van Dam, et dont une des scènes finales donne la vedette à
cet air. J'ai été saisi par cette scène la première fois que je l'ai
vue, et je vous souhaite d'éprouver le même frisson si vous n'avez pas encore eu la
chance de voir ce film.
Crédits
| Compositeur | Giuseppe Verdi |
|---|---|
| Direction | Carlos Kleiber |
| Orchestre | Bayerisches Staatsorchester |
| Violetta | Ileana Cotrubas |
| Ajouté le | 26 juin 2005 |
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