Jérémie Kisling
Le ours et la hirondelle
C'est peut-être puéril, mais j'adore la trouvaille : le ours ne maîtrise pas
toutes les subtilités de le français (surtout quand il est suisse), mais il a le droit
comme tout le monde de exprimer son amour.
Merci à Télérama de m'avoir fait découvrir, par le truchement de son
site Web, le deuxième album de Jérémie Kisling. J'avais écouté
avec intérêt sans plus son premier album il y a deux ans mais celui-ci en
diffère notablement. Voici de la chanson française avec de vrais morceaux de
mélodies dedans : marre des textes annonés sur une mélodie qui s'improvise
au fur et à mesure autour d'une note de base (je ne regarde personne mais ceux qui se sentent
visés ont sans doute raison) ! Les lignes mélodiques du jeune
Jérémie sont assez dangereuses pour la voix, car elles vont chercher très haut.
Des écarts de sixte ou septième diminuée parfois ! La voix d'icelui se
doit donc de naviguer -- alertement -- entre poitrine et tête, et c'est plus que plaisant. Les
rythmiques sont souvent rock ou blues : le cadre est libre, mais il y a un cadre !
Cette année ne m'a guère enthousiasmé en matière de "chanson
française" : heureusement cet album vient me rassurer (avec celui de Clarika, sorti
récemment lui aussi). Sur les onze chansons, je retiens surtout "Le ours et la
hirondelle", donc, mais aussi "Je guide tes pas", chanson au premier degré
frais et assumé sur un chien d'aveugle, "Teddy Bear", dont la musique est un
hommage à peine dissimulé à "Belle-Île en Mer" de Voulzy, qui
parle elle aussi de la destinée d'un ours, en peluche cette fois-ci, "J'suis plus
jaloux, j'm'en fous", qui rejoins dans sa thématique celle de "le ours et la
hirondelle" -- un certain complexe auprès de la bien-aimée face à la
concurrence masculine --, "Là où", magnifique ballade mélancolique,
et "Alice", tendre hommage à l'éponyme personnage (chantée au disque
par sa sœur, semble-t-il). Dans un cadre connu, celui de la chanson pop, le petit
Jérémie commet de la belle ouvrage. Mon regret ira vers les arrangements, pourtant
ostentatoirement produits par un certain anglais du nom de Ian Caple, qui ne trouvent pas de
véritable équilibre autour de la voix du chanteur (le son manque de corps dans le bas
medium, et est au contraire trop riche dans la plage de fréquences qui coïncide avec la
tessiture du chanteur, problème particulièrement criant dans "Je guide tes
pas"). Peut-être cette (légère) déception a-t-elle été
partagée par le chanteur lui-même, et peut-être est-ce comme cela que l'on peut
expliquer la présence d'un disque bonus, qui vient compenser la frustration induite par le
premier disque en proposant des versions toutes simples de cinq des chansons de l'album, versions
qui combinent à la voix soit le piano soit la guitare. Et c'est bien à la guitare que
je préfère Jérémie Kisling, comme par exemple dans cette version de
"Le ours et la hirondelle" (la version "officielle" du disque 1 est très
bien aussi, vous vous en rendrez compte lorsque vous l'achèterez -- car il est évident
que vous devez l'acheter).
(lien)
La vidéo "Jérémie Kisling en concert dans sa cuisine" sur le site de
Télérama : autre bonus à voir absolument ! Où l'on
découvre un chanteur presque aussi drôle que son acolyte… En plus il confirme la
théorie fondatrice de mon site (je cite) : "Quand je suis triste, j'essaie pas
d'être moins triste, j'essaie d'être encore plus triste. Alors je mets de la musique
triste (le Requiem de Mozart ou un morceau de Simon & Garfunkel) ou un film triste ou romantique
pour pleurer un bon coup... Je pense que les émotions sont faites pour être
vécues pleinement et si tu vas complètement au fond de tes émotions, tu en
reviens aussi plus facilement."
Si délicate, si sûre de elle,
Quand je la vois, le homme de les cavernes
Qui me habite
Trébuche sur la ombre de lui-même
Et tous mes plans se effritent.
Parfois je la épouse en rêve
De le bout de les doigts
Je la enlève
Mais quand mes mains sont proches de les siennes
Mes mains de ours
Je ai la allure de une baleine,
De une baleine de eau douce.
Jusque à la fin de les jours
A le creux de ses bras
Je veux faire le amour,
Je veux faire le amour.
Je ai le blues quand elle ne est pas là
Que il est beau le temps de les premiers émois !
Mais quand mes mains sont proches de les siennes
Mes mains de ours
Je ai la allure de une baleine
De une baleine de eau douce !
Viens, viens, suis-moi dans la eau douce,
Et ne te effraie pas si je te éclabousse...
"Te en fais pas,
je te aime comme ça…"
Crédits
| Chant | Jérémie Kisling |
|---|---|
| Compositeur | Jérémie Kisling |
| Guitare | Jérémie Kisling |
| Paroles | Jérémie Kisling |
| Ajouté le | 12 novembre 2005 |
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