Illustration du thème

L'année qui dit non

L'année 2005

Moi, de 2005, je me souviens d'une honteuse campagne de publicité gratuite pour la marque "Kärcher", fomentée par un ministre aux propos incendiaires. Je me souviens aussi de n'avoir pas trouvé grand-chose à me mettre sous la dent question "chanson française". Et je me souviens enfin que c'est l'année où j'ai vraiment découvert le chant choral (au point de m'y mettre !).


17 décembre 2005

Haydn - Sonate no.42 (Hob. XVI:27) en sol majeur, 3ème mouvement (Allegro)

C'est Noël et la période prête tendance à la régression… Alors je vais régresser de façon très personnelle, puisque je parie que pour le commun des mortels une sonate de Haydn n'évoque pas particulièrement l'enfance. C'est vrai, sauf peut-être pour quelques apprentis-pianistes qui ont vu un jour défiler sous leurs yeux les pages des "Classiques favoris" (plus précisément le niveau 1, volume 2). Ce recueil de compositions plus ou moins célèbres dûs aux "stars" de la musique classique (Beethoven, Mozart, Schumann, Chopin…) et parfois aussi aux sous-stars (Kozeluch, Kulhau…) comporte une petite dizaine de volumes, triés par niveau de difficulté ascendante. Je me souviens, rêvassant devant le volume 7 en pensant au jour où je serais capable d'exécuter d'une traite son contenu…
En attendant, sachez que l'œuvre que je présente ici sort du niveau 1 (avec une indication de tempo, sur les classiques favoris, complètement hystérique). Tout est relatif, mais Théodore Lack, patient compilateur de la collection, l'a donc jugée "Très facile". Cela se discute bien sûr, mais la version qui m'a frappée cette semaine va vous faire oublier ce genre de considérations. Tout d'abord, ce dernier mouvement de sonate n'est pas interprété au piano, mais au clavecin. A mes oreilles, cet instrument cliquetant est d'ordinaire un peu suspect, mais là, il m'a étonné : l'instrumentiste a choisi un instrument à double-clavier, avec registres, et le timbre utilisé en majorité dans le morceau est splendide !

Clavecin à deux claviers Kirckman Christine Schornsheim
Compositeur Joseph Haydn

17 décembre 2005

Fred Astaire, Ginger Rogers - Swing Time - Extrait

Petite mise en rapport avec deux extraits que j'ai présentés un peu plus bas ((lien) et (lien)) : j'ai enfin découvert le film Swing Time, dont les deux chansons stars sont justement "The Way You Look Tonight" (où Fred fait la plus sublime déclaration d'amour pour dégeler Ginger) et "A fine romance" (au moment où les deux personnages déplorent la froideur (contrainte) de l'autre). Et il y a cette petite cerise finale sur le gâteau : juste avant le générique, les deux personnages entremêlent ces deux chansons (ce qui est en soi surprenant, puisqu'elles s'assemblent parfaitement). Je ne saurais dire pourquoi, mais c'est le genre de surprises qui me saisissent et me ravissent…

Lucky Garnett Fred Astaire
Musique Jerome Kern
Paroles Dorothy Fields
Penny Carrol Ginger Rogers
Et aussi Georges Metaxa (Ricky Romero)
Pochette de l'album Sur les Ailes de la Danse (Swing Time)

RKO - Editions Montparnasse (12)

5 décembre 2005

Ella Fitzgerald - A Fine Romance

Un peu plus bas dans ces colonnes ((lien)), Lambert Wilson nous chantait le très romantique "The Way You Look Tonight", dont nous devons la musique à l'un de ces nombreux et talentueux compositeurs américains qui ont exercé durant la première moitié du siècle. Jerome Kern, c'est son nom, avait composé cette chanson pour le film du mythique couple Fled Astaire/Ginger Rodgers, "Swing Time" ("Sous les ailes de la danse" en français, à ne pas confondre avec "Swing Romance", titre français de "Second Chorus", avec les mêmes acteurs… merci les traducteurs). Mais ce film comporte une autre pépite, moins connue, et pourtant empreinte d'un merveilleux lyrisme teinté d'une bonne dose d'ironie. Pour l'occasion, Jerome Kern avait demandé à sa parolière associée, Dorothy Fields, une "sarcastic love ballad" ; ce qu'elle fit brillamment, comme en témoignent les quelques lignes ci-dessous. Le musicien composa ensuite la musique sur ce texte.
Dans les années cinquante, Ella Fitzgerald entreprit pour Verve d'enregistrer tous les "songbooks" des plus grands "songwriters" américains. Jerome Kern eut logiquement droit à cet honneur, en 1963. Voici la brillante rencontre entre une interprète intelligente, une voix d'or, un arrangement lyrique et swinguant à souhait, un texte mordant et une mélodie sublime…

A fine romance, with no kisses,
A fine romance, my friend, this is.
We should be like a couple of hot tomatoes,
But you're as cold as yesterday's mashed potatoes.

A fine romance, you won't nestle,
A fine romance, you won't wrestle.
I might as well play bridge with my old maid aunts,²
I haven't got a chance
This is a fine romance.

A fine romance, my good fellow,
You take romance. I'll take jello.
You're calmer than the seals in the Arctic Ocean
At least they flap their fins to express emotion.

A fine romance, with no quarrels,
With no insults, and all morals.
I've never mussed a crease in your blue serge pants, *
I never get the chance
This is a fine romance.

A fine romance, with no kisses,
A fine romance, my friend, this is,
We two should be like clams in a dish of chowders²
But we just "fizz" like parts of Seidlitz powder.²

A fine romance, with no clinches,
A fine romance, with no pinches,
You're just as hard to land as the Ile de France*
I haven't got a chance*
This is a fine romance.

* Paroles déplacées par rapport à la version du film
² Paroles ajoutées par rapport à la version du film
"Ile de France" est le nom du premier grand paquebot construit après la première guerre mondiale.
Arrangements et direction Nelson Riddle
Chant Ella Fitzgerald
Musique Jerome Kern
Paroles Dorothy Fields

12 novembre 2005

Jérémie Kisling - Le ours et la hirondelle

C'est peut-être puéril, mais j'adore la trouvaille : le ours ne maîtrise pas toutes les subtilités de le français (surtout quand il est suisse), mais il a le droit comme tout le monde de exprimer son amour.
Merci à Télérama de m'avoir fait découvrir, par le truchement de son site Web, le deuxième album de Jérémie Kisling. J'avais écouté avec intérêt sans plus son premier album il y a deux ans mais celui-ci en diffère notablement. Voici de la chanson française avec de vrais morceaux de mélodies dedans : marre des textes annonés sur une mélodie qui s'improvise au fur et à mesure autour d'une note de base (je ne regarde personne mais ceux qui se sentent visés ont sans doute raison) ! Les lignes mélodiques du jeune Jérémie sont assez dangereuses pour la voix, car elles vont chercher très haut. Des écarts de sixte ou septième diminuée parfois ! La voix d'icelui se doit donc de naviguer -- alertement -- entre poitrine et tête, et c'est plus que plaisant. Les rythmiques sont souvent rock ou blues : le cadre est libre, mais il y a un cadre !
Cette année ne m'a guère enthousiasmé en matière de "chanson française" : heureusement cet album vient me rassurer (avec celui de Clarika, sorti récemment lui aussi). Sur les onze chansons, je retiens surtout "Le ours et la hirondelle", donc, mais aussi "Je guide tes pas", chanson au premier degré frais et assumé sur un chien d'aveugle, "Teddy Bear", dont la musique est un hommage à peine dissimulé à "Belle-Île en Mer" de Voulzy, qui parle elle aussi de la destinée d'un ours, en peluche cette fois-ci, "J'suis plus jaloux, j'm'en fous", qui rejoins dans sa thématique celle de "le ours et la hirondelle" -- un certain complexe auprès de la bien-aimée face à la concurrence masculine --, "Là où", magnifique ballade mélancolique, et "Alice", tendre hommage à l'éponyme personnage (chantée au disque par sa sœur, semble-t-il). Dans un cadre connu, celui de la chanson pop, le petit Jérémie commet de la belle ouvrage. Mon regret ira vers les arrangements, pourtant ostentatoirement produits par un certain anglais du nom de Ian Caple, qui ne trouvent pas de véritable équilibre autour de la voix du chanteur (le son manque de corps dans le bas medium, et est au contraire trop riche dans la plage de fréquences qui coïncide avec la tessiture du chanteur, problème particulièrement criant dans "Je guide tes pas"). Peut-être cette (légère) déception a-t-elle été partagée par le chanteur lui-même, et peut-être est-ce comme cela que l'on peut expliquer la présence d'un disque bonus, qui vient compenser la frustration induite par le premier disque en proposant des versions toutes simples de cinq des chansons de l'album, versions qui combinent à la voix soit le piano soit la guitare. Et c'est bien à la guitare que je préfère Jérémie Kisling, comme par exemple dans cette version de "Le ours et la hirondelle" (la version "officielle" du disque 1 est très bien aussi, vous vous en rendrez compte lorsque vous l'achèterez -- car il est évident que vous devez l'acheter).
(lien) La vidéo "Jérémie Kisling en concert dans sa cuisine" sur le site de Télérama : autre bonus à voir absolument ! Où l'on découvre un chanteur presque aussi drôle que son acolyte… En plus il confirme la théorie fondatrice de mon site (je cite) : "Quand je suis triste, j'essaie pas d'être moins triste, j'essaie d'être encore plus triste. Alors je mets de la musique triste (le Requiem de Mozart ou un morceau de Simon & Garfunkel) ou un film triste ou romantique pour pleurer un bon coup... Je pense que les émotions sont faites pour être vécues pleinement et si tu vas complètement au fond de tes émotions, tu en reviens aussi plus facilement."

Elle me hydrate, ma hirondelle
Si délicate, si sûre de elle,
Quand je la vois, le homme de les cavernes
Qui me habite
Trébuche sur la ombre de lui-même
Et tous mes plans se effritent.

Parfois je la épouse en rêve
De le bout de les doigts
Je la enlève
Mais quand mes mains sont proches de les siennes
Mes mains de ours
Je ai la allure de une baleine,
De une baleine de eau douce.

Jusque à la fin de les jours
A le creux de ses bras
Je veux faire le amour,
Je veux faire le amour.

Je ai le blues quand elle ne est pas là
Que il est beau le temps de les premiers émois !

Mais quand mes mains sont proches de les siennes
Mes mains de ours
Je ai la allure de une baleine
De une baleine de eau douce !

Viens, viens, suis-moi dans la eau douce,
Et ne te effraie pas si je te éclabousse...
"Te en fais pas,
je te aime comme ça…"
Chant Jérémie Kisling
Compositeur Jérémie Kisling
Guitare Jérémie Kisling
Paroles Jérémie Kisling

10 novembre 2005

Toquinho & Paulinho Nogueira - Aria na 4a corda (Bach)

Vous connaissez très certainement cet air, tiré de la suite no.3 BWV 1068 de Jean-Sébastien Bach. Comme très souvent, la musique de Bach est très malléable et peut-être reprise avec succès dans des ragoûts a priori suspects. Même en en déplaçant les contours rythmiques. Jacques Loussier l'a très bien démontré avec ses "swinging Bach" (voir par exemple cet extrait (lien)) qui introduisent une rythmique jazz dans l'harmonie bachienne.
En voici un autre exemple, totalement différent. L'aria constitue dans la suite no.3 son moment le plus recueilli et le plus intimiste. Point de profusion de thèmes croisés dans tous les sens, mais un unisson aux reflets célestes. Prenez deux guitares à la culture brésilienne, forgées à la bossa nova, placez entre les mains de leurs propriétaires inspirés cette aria, et vous obtenez un instant magique, aussi magique que lorsqu'elle est interprétée par une formation baroque, mais sonnant pourtant comme si c'était la première qu'on l'entendait. J'adore la façon dont le thème paraît peu à peu, incidemment, alors que l'on s'attend à tout autre chose…

Compositeur Johann Sebastian Bach
Guitare Toquinho Nogueira
Guitare Paulinho Nogueira

30 septembre 2005

Frank Sinatra - Love and Marriage (Sammy Cahn, Jimmy Van Heusen)

Les chaînes du câble ne savent plus quoi passer de neuf… Alors elles rediffusent à l'envi. Ainsi hier je suis tombé sur le 202ème épisode de "Mariés, deux enfants", série qui met en scène la famille américaine la plus moyenne qui soit, souvent de façon grinçante et poilante. Par quoi ont-ils choisi d'introduire le générique ? Par Frank Sinatra, et son "Love and Marriage", qui confirme pour le coup tout le second degré de son message.
Cette chanson jouit d'un accompagnement orchestral ciselé, ironique et plein de fantaisie. Voici donc un des trésors de la variété américaine, pour bien commencer le week-end.

Compositeur Jimmy Van Heusen
Compositeur Sammy Cahn
Interprète Frank Sinatra

23 septembre 2005

Felix Mendelssohn - Le Songe d'une nuit d'été : Marche Nuptiale

Un coup de foudre pour une marche nuptiale, n'est-ce pas original ? C'est ce qui m'est arrivé le week-end dernier en découvrant "A Midsummer Night's Dream", plus familier des oreilles françaises sous l'intitulé "Le Songe d'une nuit d'été", interprété par John Neslon à la tête de l'Ensemble orchestral de Paris. Le chef parvient à concilier deux qualités a priori antinomiques : la rigidité d'une marche, et la légèreté d'une irrésistible allégresse.
Cette interprétation éclaire cette musique archi-connue d'un jour nouveau, et souligne la finesse du travail de Mendelssohn. Le compositeur sait reprendre sans se répéter, quand il ré-expose le thème en l'enrichissant d'une avalanche de motifs supplémentaires qui viennent exalter l'impression d'allégresse, et qui malgré leur nombre, trouvent toute leur place et n'alourdissent en rien le thème. L'orchestre, dans une partition chargée, est à ce titre admirable, puisqu'il conserve légèreté et précision tout en donnant la formidable puissance sonore dont il est capable.
Bien sûr, je ne serais pas juste si je ne relevais pas quelques accélérations incontrôlées, et un chef un peu à la recherche du sens du deuxième thème, mais qu'importe : le reste est trop bon !

Compositeur Felix Mendelssohn
Direction John Nelson
Orchestre Ensemble orchestral de Paris

11 septembre 2005

Lambert Wilson - The Way You Look Tonight

Je ne peux m'empêcher de glisser une chanson qui figure déjà au chapitre "J'ai un rencart ce soir" ((lien)), mais dont j'ai découvert ce week-end une version qui détonne par rapport aux versions les plus connues (bon d'accord, la version de Johnny Matthis détonne aussi, mais pas forcément dans le bon sens !). Il y a quelque chose de plus enfantin, lisse et lyrique dans l'interprétation de Lambert Wilson et de son chef John McGlinn. Je ne connais pas (encore) la toute première interprétation de cette chanson, qui revient à un certain Fred Astaire dans le film Swing Time ("Sur les ailes de la danse", en français), mais je subodore que cette version est encore plus "Musicals" que l'originale…

Baryton Lambert Wilson
Direction John McGlinn
Musique Jerome Kern
Orchestre Orchestre Philharmonique de Monte Carlo
Paroles Dorothy Fields

6 septembre 2005

Anne Germain - Il pleut bergère (Philippe Fabre d'Eglantine)

En cette fin d'été, la pluie tombe drue sur les cartables et amène son petit nuage de mélancolie. Quoi de mieux que cette chanson doublement séculaire pour l'accompagner. De cette sagesse champêtre se dégage une atmosphère particulièrement sereine, face aux éléments naturels. On en doit les paroles au révolutionnaire Fabre d'Eglantine. Et, pour ajouter un petit parfum de nostalgie, en voici une version parue dans la collection "Le Petit Ménestrel", de Lucien Adès, qui éditait des disques de qualité pour les enfants de mon époque… Mais non ce n'est pas si vieux que ça :)
[Si vous aimez les chansons populaires du dix-huitième siècle, je viens de publier un sujet consacré à "Ah ! vous dirai-je maman" (lien). Et si vous aimez l'interprète de cette chanson, la dernière chanson de ce thème vous plaira plus particulièrement ((lien) ).]

Il pleut, il pleut bergère,
Rentre tes blancs moutons,
Allons à ma chaumière
Bergère, vite, allons.
J'entends sur le feuillage
L'eau qui coule à grand bruit,
Voici venir l'orage,
Voilà l'éclair qui luit.

Entends-tu le tonnerre ?
Qui gronde en approchant,
Prends un abri bergère
A ma droite en marchant.
Je vois notre cabane,
Et tiens, voici venir
Ma mère et ma sœur Anne
Qui vont l'étable ouvrir.

Bonsoir, bonsoir ma mère,
Ma sœur Anne bonsoir,
J'amène ma bergère
Près de vous pour ce soir.
Va te sécher ma mie,
Auprès de nos tisons.
Sœur, fais-lui compagnie,
Entrez, petits moutons.
Chant Anne Germain
Musique Victor Simon
Paroles Philippe Fabre d'Eglantine
Pochette de l'album Chansons dorées de notre enfance

Le Petit Ménestrel (12)

5 septembre 2005

Carl Maria von Weber - Aufforderung zum Tanze - Rondo en Ré bémol majeur, op.65

Il me semble avoir déjà écrit que Weber est un compositeur qui ne demande qu'à être mieux connu. Et bien justement : tout le monde connaît cette "Invitation à la valse", sans forcément savoir qu'il en est l'auteur. Petite pièce brillante, avec une mélodie délicieuse. Certes l'interprétation que je vous propose n'est pas transcendante (un enregistrement numérique de 1979 !!), mais c'est tout ce que j'avais sous la main. Ecoutons Weber, donc.
Note pour les pressés : la mélodie célèbre dont je parle commence à 3'11" du début.

Compositeur Carl Maria von Weber
Piano Jean Martin

1er septembre 2005

Philippe Herreweghe - Requiem - Lacrimosa (Larghetto) (Mozart)

Franchement, marquer le retour des vacances par un requiem, c'est un peu glauque. Mais ce n'est pas de ma faute si un vendeur de la Fnac a placé sous mon nez une très attrayante réédition par Harmonia Mundi d'un enregistrement qui s'est avéré contenir l'interprétation qui m'ait le plus bouleversé à ce jour d'une œuvre qui m'avait pourtant déjà maintes fois ému.
Ecoutez ce Lacrimosa : le chœur (Collegium Vocale Gent, sublime) entonne d'un seul corps cette mélodie qui, entre piété et fureur, exhorte, supplie, pleure. Mozart est divin, ici plus qu'ailleurs. Ce lacrimosa est la dernière œuvre qu'il ait écrite de sa main, fin novembre 1791 ; dans la nuit du 4 au 5 décembre il s'éteignait.
Le reste du Requiem est à l'avenant. Chef d'œuvre est un bien faible mot. Bien sûr, on sent quelque peu ce qui est de la main de Mozart, et ce qui est de la main de son élève Süssmayr : si on ne descent pas du septième ciel jusqu'à ce Lacrimosa, ce qui suit est moins intense. Mais dans le fond ce n'est peut-être pas plus mal, cette fin moins dense permet de respirer un peu, avant de terminer par la communion (Lux aeterna) qui reprend, avec d'autres paroles, le thème de l'Introitus (qui était, lui, de la main de Mozart).
Quand à cette interprétation, dirigée par Philippe Herreweghe, elle est un peu plus inégale. Si, comme je l'écrivais plus haut, ce Lacrimosa est le plus parfait de ceux que j'aie entendus, et si je peux en dire autant du Rex Tremendae et du Confutatis qui le précèdent, d'autres passages sont un petit plus mous ou flous, tels que le Dies Irae, où l'orchestre semble à la poursuite d'un chœur plus motivé que lui. Quant aux chanteurs solistes, ils ne sont malheureusement pas du tout à la hauteur (à part le ténor Ian Bostridge) : timbre ingrat, vibrato insupportable pour une œuvre religieuse ; le contraire même du chœur, divin (et magnifiquement servi par la prise de son) !
Mais qu'importe la bouteille à moitié vide : ne serait-ce que pour trois pistes de magie pure, la découverte de ce disque marquera définitivement mon année musicale 2005.
(Exceptionnellement, l'encodage mp3 a été effectué avec un taux de compression moins important que d'accoutumée, afin de restituer au mieux la prise de son).

Jour de larmes que ce jour-là,
Quand de la cendre
Surgira l'homme coupable, face au Juge !

Pardonne-lui donc, ô mon Dieu.
Et toi, Seigneur, doux Jésus,
Donne-leur le repos. Amen.
Lacrimosa dies illa
qua resurget ex favilla
judicandus homo res:

Huix ergo parce, Deus.
Pie Jesu Domine,
dona eis requiem. Amen.
Chœur Collegium Vocale Gent
Compositeur Wolfgang Amadeus Mozart
Direction Philippe Herreweghe
Orchestre La Chapelle Royale
Pochette de l'album Mozart - Philippe Herreweghe - Requiem

Harmonia Mundi (le CD vient d'être réédité dans le cadre de la "Harmonia Mundi Mozart Edition") (8)

7 août 2005

Richard Blareau - Le petit amant (Maurice Yvain)

"Quoi de plus charmant / Qu'un petit amant…" Un refrain qui mériterait d'être sur toutes les lèvres…
Maurice Yvain est un compositeur jusque là plutôt ignoré -- injustement -- mais la négligence dont il est victime est peut-être en passe d'être réparée. En témoignent l'hommage que lui a rendu Alain Resnais en choisissant l'une de ses opérettes, "Pas sur la bouche" (dont je parle ici (lien)), comme intrigue de son dernier film, et le disque dont est extrait ce passage, résurgence d'un enregistrement de 1956, fort bien restauré. Léger et brillant : deux adjectifs qui s'appliquent également aux textes et à la musique.

Toutes les maîtresses de maison
Se disent chaque saison :
"Ah mon Dieu ! Comment vais-je faire
Pour m'chauffer c't hiver ?
Est-il plus commode de prendre
Un Godin, une Salamandre ?
Ou s'il fait peu froid,
Suffira-t-il d'un bon feu d'bois ?"
Moi j'vous l'dis sans ambages,
Je connais pour l'hiver
Un système de chauffage
Qui r'vient beaucoup moins cher…

Quoi de plus charmant
Qu'un petit amant
C'est moins laid qu'un radiateur
Ou qu'une bouche de chaleur
Quoi de plus charmant
Qu'un petit amant
C'est facile comme entretien
Ca n'consomme presque rien
Si vous avez la chair de poule
Dans l'dodo c'est plus chaud qu'une boule
Par un temps glacial,
C'est l'poêle idéal,
On n'fait rien d'mieux
Comme chauffage central !
Tous les ans quand vient Noël
Embarras cruel,
Tout'les femmes dans leur sabot
S' disent : "Qu'aurais-je de beau ?"
Pas une qui ne soit en peine
Sur le choix de ses étrennes
Est-il mieux d'avoir
Un gros brillant ou un sautoir ?
Moi je vous l'dis sans phrases,
J'connais pas loin d'ici
Ah mes dames, une case
Qui vaut mieux qu'tout ceci…

Quoi de plus charmant
Qu'un petit amant
Dont les bras savent vous lier
Ca vaut tous les colliers
Quoi de plus charmant
Qu'un petit amant
Qui vous saute au cou chaqu'soir
Ca vaut tous les sautoirs
Ca vous embellit, ça vous pare
Il n'est pas de perle plus rare
Quoi d'moins cher vraiment
Qu'un petit amant
Qu'on peut ach'ter
À tempérament ?
Chant Max De Rieux
Direction Richard Blareau
Musique Maurice Yvain
Paroles Albert Willemetz
Paroles Yves Mirande

3 août 2005

Angela Hewitt - Partita no.1, BWV 825 (Johann Sebastian Bach)

Je n'ai toujours pas de piano chez moi, et les rares occasions que j'ai en d'en jouer se présentent lorsque je "rentre" chez mes parents, qui ont toujours dans leur salon l'instrument sur lequel j'ai fait mes gammes. Et justement, je viens de passer une semaine chez eux, l'opportunité pour moi d'en jouer un peu sérieusement.
Au piano, j'ai toujours entrevu deux types d'écriture : l'écriture horizontale et l'écriture verticale. Entendez par là que, sur la partition, les notes s'étalent soit horizontalement (pour se succéder dans le temps, ce qui ne les empêche malgré tout pas de se combiner verticalement pour former ce que les âmes savantes appelleraient contrepoint, je crois), soient verticalement (pour former des accords). L'archétype de la première serait pour moi Bach, et le maître de la seconde serait Chopin (bien sûr, en y regardant de plus près, on peut trouver de nombreux contre-exemples, mais bon).
Or justement, j'ai toujours été plus doué pour déchiffrer le style vertical que le style horizontal. Un accord de douze notes (oui, oui, ça existe : le pouce de chaque main peut enfoncer deux touches à la fois) ne me fait pas peur, sauf à être particulièrement exotique. Alors que voir comment une série de double ou triple-croches, lorsqu'elles ne forment pas une suite avec un motif facilement repérable, va évoluer, me paraît nettement plus difficile, en tout cas en première lecture.
Tout ça pour dire que c'est peut-être pour cela que je me sens beaucoup plus familier de Chopin que de Bach.
Déséquilibre que j'ai essayé d'atténuer cette semaine, avec cette partita de Bach. Voilà quelques temps que je l'avais découverte en disque, dans une version de la pianiste canadienne Angela Hewitt. Et non seulement je ne suis pas lassé de l'écouter dans ma voiture (à ma grande surprise, vu que Bach et moi n'étions pas réputés avoir beaucoup d'accointances), mais je me suis encore moins lassé de la jouer. Que l'on se rassure : je ne vais pas exposer ma pauvre interprétation de l'œuvre, mais plutôt celle d'Angela Hewitt, qui est intelligente, variée, spirituelle, etc. Welcome to the Bach world.
Attention : pour ne pas atteindre allégrement les 17 minutes que dure la partita, et pour garder un peu de surprise pour le moment où vous découvrirez le disque (la pianiste varie les nuances et ajoute des ornementations dans les reprises), j'ai effectué les coupures suivantes :

0:00 - 1. Praeludium (complet)
1:50 - 2. Allemande (reprise de la partie 1, et exposition de la partie 2 coupées)
3:24 - 3. Corrente (reprise de la partie 1, et exposition de la partie 2 coupées)
5:02 - Sarabande (reprises coupées)
7:16 - Menuets 1 et 2 (menuet 1 da capo coupé)
9:11 - Giga (reprise de la partie 1 et exposition de la partie 2 coupées)
Compositeur Johann Sebastian Bach
Piano Angela Hewitt

23 juillet 2005

Fabulous Trobadors - Demain

La chanson vient d'être (très bien) reprise par JP Nataf, Mathieu Boogaerts et les Bombes 2 Bal (tout ça, oui !) dans un album réalisé à sa propre gloire par le label Tôt ou Tard, celui qui héberge les parfois raillés nouveaux talents de la chanson française. En réalité, ces talents ne sont pas forcément nouveaux, mais ils sont bien des talents. Tels les Fabulous Trobadors, issus de cette écurie, qui ont tenté dans l'album "Duels de tchatche", parmi de virtuoses joutes verbales semi-chantées, une chanson plus traditionnelle. Résultat, ce poème en guise d'avertissement aux vélléitaires, aux abouliques et aux pusillanimes. Carpe Diem, mais faut pas s'endormir, con.

Demain, c'est la terre promise
Demain, c'est là le paradis
Demain en demain s'éternise
Demain fuit qui le poursuit

Demain, c'est la terre promise
Demain, c'est là le paradis
Demain en demain s'éternise
Demain décourage aujourd'hui.

26 juin 2005

Ileana Cotrubas, Carlos Kleiber - La Traviata - Sempre libera (Giuseppe Verdi)

Difficile de suivre le cheminement de pensée qui mène de Maria Callas aux interprétations de Kleiber ! Mais pas impossible : ainsi hier, je discutais avec un (ex ?) ami, qui voulait absolument me convaincre que Maria Callas était la plus grande cantatrice de tous les temps. Il faut préciser que pour moi le plus grand mystère chez cette femme est la vénération qu'elle suscite ! Quand je l'écoute, j'entends surtout une chanteuse qui chante faux. Mais déstabilisé par l'exaspération de mon interlocuteur qu'entraînaient mes propos médisants, je me suis dis que je l'avais peut-être mal jugée, et que lui accorder une seconde chance devenait urgent. En avant donc pour une petite compilation consacrée à la diva. Passons sur le timbre, qui relève vraiment de la préférence de chacun, il faut reconnaître qu'elle fait preuve d'une grande subtilité dans l'air archi-célèbre de "La Wally". Mais c'est en l'entendant dans la Traviata que j'ai commencé à souffrir ! Faux du début jusqu'à la fin. Afin de me remettre de mes émotions, je me suis donc tourné vers la version de la Traviata qui fait référence à mes oreilles : j'ai nommé celle de 1977, par Carlos Kleiber à la direction, et Ileana Cotrubas, dans le rôle de Violetta (le même que celui incarné par la Callas dans l'extrait qui m'avait souffrir). Si le timbre d'Ileana Cotrubas, plus léger, a ma préférence, il faut reconnaître qu'elle n'est pas non plus exempte de défauts. Au moins, elle a le mérite de chanter juste. Mais chassez le naturel, il revient au galop : je n'ai jamais été un grand amateur de voix lyriques, et c'est donc la direction de Kleiber qui me ravit le plus dans cet enregistrement. Ce qui m'a fait penser à tout autre chose, que j'ai entendu cet après-midi : un disque consacré à d'aimables compositions de Fritz Kreisler, interprété par un jeune violoniste canadien, James Ehnes. Si Liebesfreud change un peu de ce que l'on a l'habitude d'entendre, quelque chose m'a paru manquer, et c'est en pensant à Kleiber que j'ai trouvé : ce que Ehnes n'a pas, c'est la grâce et la légèreté tournoyantes que Kleiber donne aux valses. Ce que l'on pourrait peut-être qualifier d'esprit viennois. Ce tempo fluctuant, au sein même d'une cellule rythmique de trois temps, cette légère hésitation, comme un envol interrompu, avant de reprendre de plus belle. Cette grâce qu'a trouvée Kleiber, je voudrais l'illustrer, non dans une bête valse viennoise, ce qui serait trop facile, mais dans ce passage issu de la Traviata, dont je causais tout à l'heure, interprété là aussi par Ileana Cotrubas, à la voix très juvénile.
Petite référence cinématographique pour finir : Gérard Corbiau, dont tous les films ont pour sujet la musique (Farinelli est son plus célèbre) a commencé par un film relativement méconnu, "Le maître de musique", avec la basse José van Dam, et dont une des scènes finales donne la vedette à cet air. J'ai été saisi par cette scène la première fois que je l'ai vue, et je vous souhaite d'éprouver le même frisson si vous n'avez pas encore eu la chance de voir ce film.

Compositeur Giuseppe Verdi
Direction Carlos Kleiber
Orchestre Bayerisches Staatsorchester
Violetta Ileana Cotrubas

20 juin 2005

Carl Maria von Weber - Adagio e Rondo ungarese : II - Rondo

L'orchestre héberge des talents comiques à qui l'on donne trop rarement la parole. Certes, le violon a sa virtuosité, le violoncelle sa noblesse, la clarinette sa sensualité, la trompette sa brillance… Mais connaissez-vous le basson ? Il a le timbre et la prestance d'un éléphanteau en pleine mue, et quand il s'attaque à un rondo à la hongroise, on sourit devant cette attendrissante tentative du vilain petit canard de se hisser parmi les cygnes. Bon d'accord, je suis méchant : quelques compositeurs ont offert à cet instrument de très belles pages et ont exploité son timbre pour exprimer une très belle mélancolie. Mais rappelons aussi que Prokoviev a confié au basson le rôle du… canard, qui n'est pas le roi des oiseaux ! Et que dire du rôle confié ici par Carl Maria von Weber : le basson déboule dans ce rondo "à la hongroise", bonhomme et pimpant, en barissotant sa bonne humeur… A se demander si le compositeur n'était pas tenté par l'envie de se moquer un peu. Mais comme la pièce est bien construite, et joliment orchestrée, et que l'instrument soliste assume pleinement son rôle, on finit par sourire avec lui plutôt qu'à ses dépens. Weber s'est un peu fait éclipser par des contemporains encombrants tels que Beethoven, mais la joliesse de ses œuvres, à défaut d'un caractère révolutionnaire, est à découvrir.

Basson Laurence Perkins
Compositeur Carl Maria von Weber
Direction Douglas Boyd
Orchestre Manchester Camerata

1er juin 2005

Fabien Martin - La vie morose

Il a été signalé par la presse spécialisée il y a quelques mois de cela mais je l'avais raté semble-t-il… L'occasion de me rattrapper m'a été donnée aujourd'hui. Fabien Martin a des arrangements assez classiques, mais un son particulièrement soigné ! Si on y ajoute de très belles mélodies, et si l'on ferme les yeux (les oreilles ?) sur une voix un peu faible (pourtant belle par moments), voici de quoi se faire plaisir avec un clin d'œil à Edith Piaf, dans un style assez représentatif de l'album en général.

Interprète Fabien Martin

15 mai 2005

Gabriel Fauré - La Pavane (version pour voix mixtes et piano)

Cet air doit sa célébrité à quelque parfum qui l'avait choisi pour accompagner sa publicité à la fin des années 80. Pour ma part, c'est ma prof de solfège (qui allait devenir ma prof de piano ensuite) qui avait mis un nom sur cet air : La Pavane de Fauré.
Voici un air dont je subodore qu'il rentre dans la catégorie de ceux qui s'usent à l'écoute. Raison de ne pas en abuser, mais aussi d'en profiter tant qu'il est encore temps. Je viens de découvrir cette version, qui expose la mélodie et l'harmonie au piano, avant de laisser des voix masculines et féminines le reprendre tour à tour. J'aime tout : les voix, l'acoustique, mais avant tout le piano, qui expose la juste essence de cet air, avec une subtilité et une volupté sans tapage, que l'on doit autant au compositeur qu'à l'interprète.

Compositeur Gabriel Fauré
Direction Bernard Têtu
Formation Solistes de Lyon
Piano Jean-Claude Pennetier

Merci à Catherine

Crédits

Références

Écoute

Plus

1er mai 2005

De Palmas - Sur la route (version guitare seule)

Voilà un petit moment que je voulais consacrer quelques lignes à cette chanson, que j'ai découverte il y a un mois ou deux seulement. Il ne s'agit pas de la version que tout le monde connaît pour l'avoir entendue et ré-entendue à la radio. La configuration est ici beaucoup plus simple : une voix, une guitare. Pilotées par le seul et même De Palmas. La guitare a ceci de particulier d'être un instrument à la fois rythmique (il suffit de taper ou de gratter) et mélodique (il "suffit" de placer ses doigts sur les cordes). En voici une jouissive démonstration, qui démontre au passage le talent de De Palmas.

28 avril 2005

Bumcello - Beautiful You

Puisque rien de récent n'atteint mes oreilles en ce moment, je vais plutôt rendre compte de la découverte récente d'une chanson pas si jeune que ça. J'ai entendu lundi sur France Inter, enfin sortie de son extinction de voix syndicale et bi-annuelle, cette habile superposition d'une déclamation slammeuse (deux "m") et d'une mélodie lyrique. Les contraires font parfois bon ménage, la preuve.

Interprète Bumcello

6 avril 2005

Beaux-Arts Trio - Trio élégiaque no.1 (Sergei Rachmaninov)

Bien moins connu que le trio avec piano de Tchaïkovski, voici une œuvre qui en cache à peine l'influence. Ce trio fait d'un seul mouvement est assez mineur dans l'œuvre de Rachmaninov, y compris du point de vue du compositeur, qui ne l'a jamais fait publier de son vivant. C'est un peu long, à la manière d'un Brahms, excessivement lyrique, à la manière d'un Tchaïkovski, pas très équilibré entre les trois instruments, à la manière d'un pianiste (c'est-à-dire avec le piano qui parle plus fort et qui écrase les autres). Mais les trois premières minutes ne sont-elles pas sublimes ? Tout de suite, les cordes installent une tension, majestueusement dominée par le piano-roi, auxquelles les cordes semblent répondre avec une fébrile agitation. Puis s'inversent les rôles, comme change l'atmosphère : la même mélodie prend une autre lumière, s'élançant sur des dizaines de mesure avec la certitude de sa force. Le Beaux-Arts Trio, illuminé par son charismatique pianiste, Menahem Pressler, joue tout cela avec la hauteur nécessaire. Dans cette musique expansive ils donnent toute leur âme ; à ces longues phrases ils donnent toute leur amplitude.

Compositeur Sergei Rachmaninov
Interprète Beaux-Arts Trio

28 février 2005

Juliette - Le p'tit non

A l'occasion de la sortie du nouvel album de Juliette, Mutatis Mutandis, un peu décevant ma foi, tournons-nous vers des valeurs sûres : cela fait déjà bien des années que je fréquente l'album dont est extrait cette chanson. Il m'est bien difficile de n'en choisir qu'une, tant le tout s'écoute d'un bout à l'autre avec le même sourire béat. Mais puisqu'il n'en faut choisir qu'un, en voici le moment d'émotion la plus petite en même temps que la plus intense… A "deux piano" (c'est le titre, le deuxième piano étant piloté par Didier Goret), Juliette a vraiment offert à la Salle Gaveau une sélection de ses meilleurs titres.

Mais le p'tit non
Sur les lèvres d'Anna
Quand je lui d'mande
Encore un peu d'amour
Ca c'est d'l'horreur,
Ca c'est d'l'assassinat,
D'la mort qui pue,
Et d'la griffe de vautour,
Anna, ma douce Anna,
Mon p'tit mouton,
Toutes les autres morts
Qu'est-ce que tu veux qu'ça me fasse ?
Mais ce p'tit non
Qui répond toujours
Non, non, non
Ce p'tit non-là
C'est d'la mort dégueulasse
Le p'tit grain de plomb
Qui faucha l'gros lapin
Le p'tit couteau
Dans le cœur de Marie
Le p'tit éclair
Sur l'épaule de Firmin
Mon Dieu, tout ça
C'est d'la mort en série
Mon Dieu, tout ça
C'est d'la mort en série

Le p'tit crochet
Dans la bouche du gardon
Le p'tit poison
Qui mordille l'sang d'Adèle
Le p'tit microbe
Dans l'intestin d'Raymond,
Mon Dieu, tout ça
C'est d'la mort naturelle
Mon Dieu, tout ça
C'est d'la mort naturelle

Le p'tit vent creux
Dans les poumons d'Julot
Le p'tit lacet
Qui serra l'cou du loir
Le p'tit marteau
Sur la caboche du veau
Mon Dieu, tout ça
C'est d'la mort accessoire
Mon Dieu, tout ça
C'est d'la mort accessoire
Chant, piano, musique Juliette
Paroles Norge
Piano Didier Goret

20 février 2005

Eric Le Sage - Initial Dances (Guillaume Connesson)

Après m'être énervé contre certains compositeurs de musique contemporaine dont le diamètre des chevilles excède la profondeur de l'œuvre ((lien)), j'ai éprouvé quelques remords, mais surtout une crainte : celle de passer pour un vieux con. Alors voici quelque chose que j'ai découvert hier et qui m'a plu. Et c'est de la musique contemporaine. Je reprochais à Boulez de ne pas avoir l'art de concilier liberté et forme ; ce n'est pas le cas ici : c'est libre et pourtant on y trouve un cadre permettant à nos oreilles d'occidentaux de s'y retrouver.
Je ne m'étendrai pas sur le talent d'Eric Le Sage, qu'on peut retrouver ailleurs dans ces rubriques ((lien)), mais je remarquerai en revanche la prégnance du rythme sur la mélodie dans ce morceau (et dans la plupart des autres œuvres entendues de ce compositeur). Autant le laisser s'expliquer, d'ailleurs : "La F.K. Dance (F.K. est à la fois une référence au Funk et une dédicace secrète) utilise un thème de huit notes qui va être développé dans un mouvement sauvage très virtuose, où l'on trouve des bribes de boogie, des ostinatos funky et une transe rythmique qui désagrège peu à peu le thème principal, jusqu'aux derniers accords".
Ironie de l'histoire, Guillaume Connesson a déjà dédicacé certaines de ses œuvres à Pierre Boulez… C'est un peu comme dans certaines familles : le talent saute une génération !
Pour ceux qui seraient rétifs à la musique contemporaine, j'ajoute que ce morceau ne dure pas plus de deux minutes…

Compositeur Guillaume Connesson
Piano Eric Le Sage

13 février 2005

Glière - Vier Stücke für Kontrabaß und Klavier op.32 - Scherzo

Glière est bien connu pour n'être pas très connu. Sauriez-vous dire, par exemple, quelle est sa nationalité ? Attention, il y a un indice dans son nom… L'indice, c'est bien sûr le "Moritsévitch" (le -itch qu'on trouve accolé à un prénom en russe signifie "fils de" : autrement dit, le petit Reinhold était fils de Morits, à l'orthographe près). Il était donc russe, et c'est d'ailleurs sous l'URSS qu'il s'est fait le plus connaître de ses compatriotes. 1875-1956, pour ceux qui aiment les dates. Pile entre Tchaïkosvski et Chostakovitch, si on peut dire. Mais plus proche du premier que du second en matière de musique.
Bref, si j'ai sélectionné ce morceau aujourd'hui, ce n'est pas pour faire un cours de russe (comme si j'en étais capable) mais parce que j'ai flashé sur ces quatre pièces pour contrebasse. L'instrument a rarement droit à l'honneur d'être mis en vedette (il partage l'espace avec le piano, mais que l'on ne s'y trompe pas, c'est toujours le musicien qui reste debout que l'on considère comme la vedette du spectacle). Et sur cette pièce particulièrement pour l'énergie qui s'en dégage. Imaginez bien que se mouvoir sur une contrebasse est une autre affaire que sur un violon : les cordes sont fichtrement plus longues, et les écarts à effectuer itou. Mais celui qui déploie le plus d'énergie à mon goût dans cet enregistrement, c'est le pianiste (sans vouloir minimiser le talent ni le mérite du contrebassiste).
De ce même duo très original, j'ajouterai bientôt un autre extrait qui a au moins autant ma faveur (dans la catégorie "Tu me fais tourner la tête" (lien)).

Compositeur Reinhold Morisévitch Glière
Contrebasse Bozo Paradzik
Piano Ulrich Rademacher

21 janvier 2005

Wolfgang Amadeus Mozart - Exsultate, Jubilate K.165 - Allegro

Histoire de rester dans la musique religieuse mozartienne, écoutons cet Exsultate, Jubilate. Pas besoin d'être un fin latiniste pour comprendre que cette musique est pleine d'allégresse, de fraîcheur... et de jeunesse. Car Mozart n'avait que douze ans lorsqu'il composa cette pièce !
La forme est très bien maîtrisée, et on reconnaît entre mille la pâte du compositeur. Mon passage préféré se situe à 3'23", lors des vocalises finement filées ici par la soprano Barbara Bonney. De quoi voir la vie du bon côté…
Les autres mouvements sont tout aussi intéressants. En particulier le dernier (Alleluia), dont je publierai peut-être un jour un extrait, si j'en trouve une interprétation qui me satisfait enfin totalement.

Chœur The English Choir
Compositeur Wolfgang Amadeus Mozart
Direction Trevor Pinnock
Orchestre The English Orchestra
Soprano Barbara Bonney

Merci à Benoît

Crédits

Écoute

Plus

7 janvier 2005

Wolfgang Amadeus Mozart - Ave Verum Corpus, K.618

Double signe que le ciel m'envoie cette semaine ! Durant "La leçon de musique de Jean-François Zygel" consacrée à Lizst et donnée à Toulouse mardi, le musicien cite le compositeur hongrois dans l' "Evocation à la Chapelle Sixtine", qui contient (en plus du Miserere d'Allegri) une citation de l'Ave Verum Corpus, de Mozart. Dans la tonitruance lisztienne, c'est un moment de grâce où les aigus de l'orgue portent cet air céleste. Et ce soir, au cours d'un concert à la Halle aux Grains, tel un miracle que l'on attend pas, Claus Peter Flor enchaîne sur une interprétation passionnée du Requiem la version originale de l'Ave Verum Corpus. Un bis avant tout applaudissement, en quelque sorte… Merveilleux cadeau, que j'aimerais bien faire partager ici.
Comme peut le laisser deviner son numéro dans le catalogue Köchel (musicologue qui a classifié toute la musique de Mozart et numéroté ses œuvres par ordres chronologiques, de 1 à 626), Mozart a composé cet Ave Verum Corpus à la fin de sa vie, pour un ami chef de chœur à Baden (Anton Stoll). Il y a une profondeur et un recueillement incroyables dans ce morceau, quasi inexplicables vue la simplicité apparente de la mélodie. De l'art dans toute sa maîtrise…

Traduction littérale (du français ??)

Ô véritable corps, né de la Vierge Marie,
Qui a été supplicié et sacrifié pour l'humanité,
Dont le côté a été transpercé, d'où l'eau et le sang ont jailli,
Soit pour nous un avant-goût du paradis, dans l'examen de la mort.
Texte original (du latin !)

Ave verum Corpus, natum de Maria Virgine
Vere passum, immolatum in cruce pro homine
Cujus latus perforatum, unda fluxit et sanguine
Esto nobis praegustatum in mortis examine
Chœur Capella Brugensis
Compositeur Wolfgang Amadeus Mozart
Direction Patrick Perire
Orchestre Collegium Instrumentale Brugense
14/02/2005
Alban
Salut, je me demandais d'où est extrait le duo contrebasse/piano...
Merci!
19/02/2005
Julien
Alban > L'extrait vient d'un CD dénommé "Der Kontrabaß - Elefant oder Schwan?". Apparemment ce CD n'est sorti qu'en Allemagne, en tout cas impossible de le trouver sur un site Web d'un autre pays ! http://www.amazon.de/exec/obidos/ASIN/B0000365FD/qid%3D1108826936/028-9302230-2249352

Ca bouge…

Chaque année, je commence une nouvelle page consacrée à mes découvertes ou redécouvertes musicales. Une sorte de blog mis à jour de façon irrégulière, comme vous pouvez le constater en parcourant les années précédentes…

Les dernières mises à jour

Voir les ajouts plus anciens

Rechercher sur le site


Je ne sais pas ce que je cherche, je veux écouter un truc au pif.

Une maison-page pour ce site

Après deux ans d'existence, ce site se dote enfin d'une page d'accueil ! Et oui, jusque-là, on arrivait directement sur la page Humeurs. Il y a maintenant une magnifique page d'accueil, pour aiguiller le visiteur vers ce qui l'intéresse (la page d'accueil se dotera d'autres aguicheries dans le futur).

Vous n'arrivez pas à écouter les extraits ?

De l'aide est disponible ici: (lien)

Un peu d'Ajax ?

Avant le grand chambardement actuellement en préparation, voici que vient s'immiscer un peu d'Ajax sur ce site. Mais c'est pour la bonne cause : vous empêcher de télécharger les MP3 présents sur ce site ! L'autre avantage, c'est que vous pouvez écouter un morceau depuis une page thématique, tout en consultant ses références et ses crédits…

Dans votre assiette

Petite nouveauté du site, vous pouvez désormais vous abonner à un feed Atom (appelé plus souvent flux RSS). Les liens sont disponibles en haut à droite de chaque page, sous l'icône Illustration. Atom est la version standardisée des différentes interprétations de la norme RSS. Je vous conseille personnellement Thunderbird pour consulter ce "feed" (la version 1.5 supporte les feeds Atom 1.0).

Le streaming

Le streaming, c'est la possibilité d'écouter un morceau "en direct", sans le télécharger au préalable. Vous pouvez utiliser ce procédé en cliquant sur la flèche Illustration.
Pour que cela fonctionne, vous devez disposer d'un logiciel qui supporte 1) les playlist "m3u" et 2) la lecture d'un fichier en streaming à partir d'un serveur http. Winamp en est un exemple typique.

>
Fermer

Lecteur

Ecouter dans un lecteur externe