- Haut de la page
- Sonate no.42 (Hob. XVI:27) en sol majeur, 3ème mouvement (Allegro)
- Swing Time - Extrait
- A Fine Romance
- Le ours et la hirondelle
- Aria na 4a corda
- Love and Marriage
- Le Songe d'une nuit d'été : Marche Nuptiale
- The Way You Look Tonight
- Il pleut bergère
- Aufforderung zum Tanze - Rondo en Ré bémol majeur, op.65
- Requiem - Lacrimosa (Larghetto)
- Le petit amant
- Partita no.1, BWV 825
- Demain
- La Traviata - Sempre libera
- Adagio e Rondo ungarese : II - Rondo
- La vie morose
- La Pavane (version pour voix mixtes et piano)
- Sur la route (version guitare seule)
- Beautiful You
- Trio élégiaque no.1
- Le p'tit non
- Initial Dances
- Vier Stücke für Kontrabaß und Klavier op.32 - Scherzo
- Exsultate, Jubilate K.165 - Allegro
- Ave Verum Corpus, K.618
- Commentaires
L'année qui dit non
L'année 2005
Moi, de 2005, je me souviens d'une honteuse campagne de publicité gratuite pour la marque "Kärcher", fomentée par un ministre aux propos incendiaires. Je me souviens aussi de n'avoir pas trouvé grand-chose à me mettre sous la dent question "chanson française". Et je me souviens enfin que c'est l'année où j'ai vraiment découvert le chant choral (au point de m'y mettre !).
17 décembre 2005
Haydn - Sonate no.42 (Hob. XVI:27) en sol majeur, 3ème mouvement (Allegro)
C'est Noël et la période prête tendance à la régression… Alors
je vais régresser de façon très personnelle, puisque je parie que pour le
commun des mortels une sonate de Haydn n'évoque pas particulièrement l'enfance. C'est
vrai, sauf peut-être pour quelques apprentis-pianistes qui ont vu un jour défiler sous
leurs yeux les pages des "Classiques favoris" (plus précisément le niveau 1,
volume 2). Ce recueil de compositions plus ou moins célèbres dûs aux
"stars" de la musique classique (Beethoven, Mozart, Schumann, Chopin…) et parfois
aussi aux sous-stars (Kozeluch, Kulhau…) comporte une petite dizaine de volumes, triés
par niveau de difficulté ascendante. Je me souviens, rêvassant devant le volume 7 en
pensant au jour où je serais capable d'exécuter d'une traite son contenu…
En attendant, sachez que l'œuvre que je présente ici sort du niveau 1 (avec une
indication de tempo, sur les classiques favoris, complètement hystérique). Tout est
relatif, mais Théodore Lack, patient compilateur de la collection, l'a donc jugée
"Très facile". Cela se discute bien sûr, mais la version qui m'a
frappée cette semaine va vous faire oublier ce genre de considérations. Tout d'abord,
ce dernier mouvement de sonate n'est pas interprété au piano, mais au clavecin. A mes
oreilles, cet instrument cliquetant est d'ordinaire un peu suspect, mais là, il m'a
étonné : l'instrumentiste a choisi un instrument à double-clavier, avec
registres, et le timbre utilisé en majorité dans le morceau est splendide !
| Clavecin à deux claviers Kirckman | Christine Schornsheim |
|---|---|
| Compositeur | Joseph Haydn |
17 décembre 2005
Fred Astaire, Ginger Rogers - Swing Time - Extrait
Petite mise en rapport avec deux extraits que j'ai présentés un peu plus bas ((lien) et (lien)) : j'ai enfin découvert le film Swing Time, dont les deux chansons stars sont justement "The Way You Look Tonight" (où Fred fait la plus sublime déclaration d'amour pour dégeler Ginger) et "A fine romance" (au moment où les deux personnages déplorent la froideur (contrainte) de l'autre). Et il y a cette petite cerise finale sur le gâteau : juste avant le générique, les deux personnages entremêlent ces deux chansons (ce qui est en soi surprenant, puisqu'elles s'assemblent parfaitement). Je ne saurais dire pourquoi, mais c'est le genre de surprises qui me saisissent et me ravissent…
| Lucky Garnett | Fred Astaire |
|---|---|
| Musique | Jerome Kern |
| Paroles | Dorothy Fields |
| Penny Carrol | Ginger Rogers |
| Et aussi | Georges Metaxa (Ricky Romero) |
5 décembre 2005
Ella Fitzgerald - A Fine Romance
Un peu plus bas dans ces colonnes ((lien)), Lambert Wilson nous
chantait le très romantique "The Way You Look Tonight", dont nous devons la musique
à l'un de ces nombreux et talentueux compositeurs américains qui ont exercé
durant la première moitié du siècle. Jerome Kern, c'est son nom, avait
composé cette chanson pour le film du mythique couple Fled Astaire/Ginger Rodgers,
"Swing Time" ("Sous les ailes de la danse" en français, à ne pas
confondre avec "Swing Romance", titre français de "Second Chorus", avec
les mêmes acteurs… merci les traducteurs). Mais ce film comporte une autre
pépite, moins connue, et pourtant empreinte d'un merveilleux lyrisme teinté d'une
bonne dose d'ironie. Pour l'occasion, Jerome Kern avait demandé à sa parolière
associée, Dorothy Fields, une "sarcastic love ballad" ; ce qu'elle fit
brillamment, comme en témoignent les quelques lignes ci-dessous. Le musicien composa ensuite
la musique sur ce texte.
Dans les années cinquante, Ella Fitzgerald entreprit pour Verve d'enregistrer tous les
"songbooks" des plus grands "songwriters" américains. Jerome Kern eut
logiquement droit à cet honneur, en 1963. Voici la brillante rencontre entre une
interprète intelligente, une voix d'or, un arrangement lyrique et swinguant
à souhait, un texte mordant et une mélodie sublime…
A fine romance, my friend, this is.
We should be like a couple of hot tomatoes,
But you're as cold as yesterday's mashed potatoes.
A fine romance, you won't nestle,
A fine romance, you won't wrestle.
I might as well play bridge with my old maid aunts,²
I haven't got a chance
This is a fine romance.
A fine romance, my good fellow,
You take romance. I'll take jello.
You're calmer than the seals in the Arctic Ocean
At least they flap their fins to express emotion.
A fine romance, with no quarrels,
With no insults, and all morals.
I've never mussed a crease in your blue serge pants, *
I never get the chance
This is a fine romance.
A fine romance, with no kisses,
A fine romance, my friend, this is,
We two should be like clams in a dish of chowders²
But we just "fizz" like parts of Seidlitz powder.²
A fine romance, with no clinches,
A fine romance, with no pinches,
You're just as hard to land as the Ile de France*
I haven't got a chance*
This is a fine romance.
* Paroles déplacées par rapport à la version du film
² Paroles ajoutées par rapport à la version du film
"Ile de France" est le nom du premier grand paquebot construit après la première guerre mondiale.
| Arrangements et direction | Nelson Riddle |
|---|---|
| Chant | Ella Fitzgerald |
| Musique | Jerome Kern |
| Paroles | Dorothy Fields |
12 novembre 2005
Jérémie Kisling - Le ours et la hirondelle
C'est peut-être puéril, mais j'adore la trouvaille : le ours ne maîtrise pas
toutes les subtilités de le français (surtout quand il est suisse), mais il a le droit
comme tout le monde de exprimer son amour.
Merci à Télérama de m'avoir fait découvrir, par le truchement de son
site Web, le deuxième album de Jérémie Kisling. J'avais écouté
avec intérêt sans plus son premier album il y a deux ans mais celui-ci en
diffère notablement. Voici de la chanson française avec de vrais morceaux de
mélodies dedans : marre des textes annonés sur une mélodie qui s'improvise
au fur et à mesure autour d'une note de base (je ne regarde personne mais ceux qui se sentent
visés ont sans doute raison) ! Les lignes mélodiques du jeune
Jérémie sont assez dangereuses pour la voix, car elles vont chercher très haut.
Des écarts de sixte ou septième diminuée parfois ! La voix d'icelui se
doit donc de naviguer -- alertement -- entre poitrine et tête, et c'est plus que plaisant. Les
rythmiques sont souvent rock ou blues : le cadre est libre, mais il y a un cadre !
Cette année ne m'a guère enthousiasmé en matière de "chanson
française" : heureusement cet album vient me rassurer (avec celui de Clarika, sorti
récemment lui aussi). Sur les onze chansons, je retiens surtout "Le ours et la
hirondelle", donc, mais aussi "Je guide tes pas", chanson au premier degré
frais et assumé sur un chien d'aveugle, "Teddy Bear", dont la musique est un
hommage à peine dissimulé à "Belle-Île en Mer" de Voulzy, qui
parle elle aussi de la destinée d'un ours, en peluche cette fois-ci, "J'suis plus
jaloux, j'm'en fous", qui rejoins dans sa thématique celle de "le ours et la
hirondelle" -- un certain complexe auprès de la bien-aimée face à la
concurrence masculine --, "Là où", magnifique ballade mélancolique,
et "Alice", tendre hommage à l'éponyme personnage (chantée au disque
par sa sœur, semble-t-il). Dans un cadre connu, celui de la chanson pop, le petit
Jérémie commet de la belle ouvrage. Mon regret ira vers les arrangements, pourtant
ostentatoirement produits par un certain anglais du nom de Ian Caple, qui ne trouvent pas de
véritable équilibre autour de la voix du chanteur (le son manque de corps dans le bas
medium, et est au contraire trop riche dans la plage de fréquences qui coïncide avec la
tessiture du chanteur, problème particulièrement criant dans "Je guide tes
pas"). Peut-être cette (légère) déception a-t-elle été
partagée par le chanteur lui-même, et peut-être est-ce comme cela que l'on peut
expliquer la présence d'un disque bonus, qui vient compenser la frustration induite par le
premier disque en proposant des versions toutes simples de cinq des chansons de l'album, versions
qui combinent à la voix soit le piano soit la guitare. Et c'est bien à la guitare que
je préfère Jérémie Kisling, comme par exemple dans cette version de
"Le ours et la hirondelle" (la version "officielle" du disque 1 est très
bien aussi, vous vous en rendrez compte lorsque vous l'achèterez -- car il est évident
que vous devez l'acheter).
(lien)
La vidéo "Jérémie Kisling en concert dans sa cuisine" sur le site de
Télérama : autre bonus à voir absolument ! Où l'on
découvre un chanteur presque aussi drôle que son acolyte… En plus il confirme la
théorie fondatrice de mon site (je cite) : "Quand je suis triste, j'essaie pas
d'être moins triste, j'essaie d'être encore plus triste. Alors je mets de la musique
triste (le Requiem de Mozart ou un morceau de Simon & Garfunkel) ou un film triste ou romantique
pour pleurer un bon coup... Je pense que les émotions sont faites pour être
vécues pleinement et si tu vas complètement au fond de tes émotions, tu en
reviens aussi plus facilement."
Si délicate, si sûre de elle,
Quand je la vois, le homme de les cavernes
Qui me habite
Trébuche sur la ombre de lui-même
Et tous mes plans se effritent.
Parfois je la épouse en rêve
De le bout de les doigts
Je la enlève
Mais quand mes mains sont proches de les siennes
Mes mains de ours
Je ai la allure de une baleine,
De une baleine de eau douce.
Jusque à la fin de les jours
A le creux de ses bras
Je veux faire le amour,
Je veux faire le amour.
Je ai le blues quand elle ne est pas là
Que il est beau le temps de les premiers émois !
Mais quand mes mains sont proches de les siennes
Mes mains de ours
Je ai la allure de une baleine
De une baleine de eau douce !
Viens, viens, suis-moi dans la eau douce,
Et ne te effraie pas si je te éclabousse...
"Te en fais pas,
je te aime comme ça…"
| Chant | Jérémie Kisling |
|---|---|
| Compositeur | Jérémie Kisling |
| Guitare | Jérémie Kisling |
| Paroles | Jérémie Kisling |
10 novembre 2005
Toquinho & Paulinho Nogueira - Aria na 4a corda (Bach)
Vous connaissez très certainement cet air, tiré de la suite no.3 BWV 1068 de
Jean-Sébastien Bach. Comme très souvent, la musique de Bach est très
malléable et peut-être reprise avec succès dans des ragoûts a
priori suspects. Même en en déplaçant les contours rythmiques. Jacques
Loussier l'a très bien démontré avec ses "swinging Bach" (voir par
exemple cet extrait (lien)) qui introduisent une
rythmique jazz dans l'harmonie bachienne.
En voici un autre exemple, totalement différent. L'aria constitue dans la suite no.3 son
moment le plus recueilli et le plus intimiste. Point de profusion de thèmes croisés
dans tous les sens, mais un unisson aux reflets célestes. Prenez deux guitares à la
culture brésilienne, forgées à la bossa nova, placez entre les mains de leurs
propriétaires inspirés cette aria, et vous obtenez un instant magique, aussi magique
que lorsqu'elle est interprétée par une formation baroque, mais sonnant pourtant comme
si c'était la première qu'on l'entendait. J'adore la façon dont le thème
paraît peu à peu, incidemment, alors que l'on s'attend à tout autre chose…
| Compositeur | Johann Sebastian Bach |
|---|---|
| Guitare | Toquinho Nogueira |
| Guitare | Paulinho Nogueira |
30 septembre 2005
Frank Sinatra - Love and Marriage (Sammy Cahn, Jimmy Van Heusen)
Les chaînes du câble ne savent plus quoi passer de neuf… Alors elles rediffusent
à l'envi. Ainsi hier je suis tombé sur le 202ème épisode de
"Mariés, deux enfants", série qui met en scène la famille
américaine la plus moyenne qui soit, souvent de façon grinçante et poilante.
Par quoi ont-ils choisi d'introduire le générique ? Par Frank Sinatra, et son
"Love and Marriage", qui confirme pour le coup tout le second degré de son
message.
Cette chanson jouit d'un accompagnement orchestral ciselé, ironique et plein de fantaisie.
Voici donc un des trésors de la variété américaine, pour bien commencer
le week-end.
| Compositeur | Jimmy Van Heusen |
|---|---|
| Compositeur | Sammy Cahn |
| Interprète | Frank Sinatra |
23 septembre 2005
Felix Mendelssohn - Le Songe d'une nuit d'été : Marche Nuptiale
Un coup de foudre pour une marche nuptiale, n'est-ce pas original ? C'est ce qui m'est
arrivé le week-end dernier en découvrant "A Midsummer Night's Dream", plus
familier des oreilles françaises sous l'intitulé "Le Songe d'une nuit
d'été", interprété par John Neslon à la tête de
l'Ensemble orchestral de Paris. Le chef parvient à concilier deux qualités a
priori antinomiques : la rigidité d'une marche, et la légèreté
d'une irrésistible allégresse.
Cette interprétation éclaire cette musique archi-connue d'un jour nouveau, et
souligne la finesse du travail de Mendelssohn. Le compositeur sait reprendre sans se
répéter, quand il ré-expose le thème en l'enrichissant d'une avalanche
de motifs supplémentaires qui viennent exalter l'impression d'allégresse, et qui
malgré leur nombre, trouvent toute leur place et n'alourdissent en rien le thème.
L'orchestre, dans une partition chargée, est à ce titre admirable, puisqu'il conserve
légèreté et précision tout en donnant la formidable puissance sonore
dont il est capable.
Bien sûr, je ne serais pas juste si je ne relevais pas quelques accélérations
incontrôlées, et un chef un peu à la recherche du sens du deuxième
thème, mais qu'importe : le reste est trop bon !
| Compositeur | Felix Mendelssohn |
|---|---|
| Direction | John Nelson |
| Orchestre | Ensemble orchestral de Paris |
11 septembre 2005
Lambert Wilson - The Way You Look Tonight
Je ne peux m'empêcher de glisser une chanson qui figure déjà au chapitre "J'ai un rencart ce soir" ((lien)), mais dont j'ai découvert ce week-end une version qui détonne par rapport aux versions les plus connues (bon d'accord, la version de Johnny Matthis détonne aussi, mais pas forcément dans le bon sens !). Il y a quelque chose de plus enfantin, lisse et lyrique dans l'interprétation de Lambert Wilson et de son chef John McGlinn. Je ne connais pas (encore) la toute première interprétation de cette chanson, qui revient à un certain Fred Astaire dans le film Swing Time ("Sur les ailes de la danse", en français), mais je subodore que cette version est encore plus "Musicals" que l'originale…
| Baryton | Lambert Wilson |
|---|---|
| Direction | John McGlinn |
| Musique | Jerome Kern |
| Orchestre | Orchestre Philharmonique de Monte Carlo |
| Paroles | Dorothy Fields |
6 septembre 2005
Anne Germain - Il pleut bergère (Philippe Fabre d'Eglantine)
En cette fin d'été, la pluie tombe drue sur les cartables et amène son petit
nuage de mélancolie. Quoi de mieux que cette chanson doublement séculaire pour
l'accompagner. De cette sagesse champêtre se dégage une atmosphère
particulièrement sereine, face aux éléments naturels. On en doit les paroles au
révolutionnaire Fabre d'Eglantine. Et, pour ajouter un petit parfum de nostalgie, en voici
une version parue dans la collection "Le Petit Ménestrel", de Lucien Adès,
qui éditait des disques de qualité pour les enfants de mon époque… Mais
non ce n'est pas si vieux que ça :)
[Si vous aimez les chansons populaires du dix-huitième siècle, je viens de publier un
sujet consacré à "Ah ! vous dirai-je maman" (lien). Et si vous aimez l'interprète de cette
chanson, la dernière chanson de ce thème vous plaira plus particulièrement ((lien)
).]
Rentre tes blancs moutons,
Allons à ma chaumière
Bergère, vite, allons.
J'entends sur le feuillage
L'eau qui coule à grand bruit,
Voici venir l'orage,
Voilà l'éclair qui luit.
Entends-tu le tonnerre ?
Qui gronde en approchant,
Prends un abri bergère
A ma droite en marchant.
Je vois notre cabane,
Et tiens, voici venir
Ma mère et ma sœur Anne
Qui vont l'étable ouvrir.
Bonsoir, bonsoir ma mère,
Ma sœur Anne bonsoir,
J'amène ma bergère
Près de vous pour ce soir.
Va te sécher ma mie,
Auprès de nos tisons.
Sœur, fais-lui compagnie,
Entrez, petits moutons.
| Chant | Anne Germain |
|---|---|
| Musique | Victor Simon |
| Paroles | Philippe Fabre d'Eglantine |
5 septembre 2005
Carl Maria von Weber - Aufforderung zum Tanze - Rondo en Ré bémol majeur, op.65
Il me semble avoir déjà écrit que Weber est un compositeur qui ne demande
qu'à être mieux connu. Et bien justement : tout le monde connaît cette
"Invitation à la valse", sans forcément savoir qu'il en est l'auteur. Petite
pièce brillante, avec une mélodie délicieuse. Certes l'interprétation
que je vous propose n'est pas transcendante (un enregistrement numérique de 1979 !!),
mais c'est tout ce que j'avais sous la main. Ecoutons Weber, donc.
Note pour les pressés : la mélodie célèbre dont je parle commence
à 3'11" du début.
| Compositeur | Carl Maria von Weber |
|---|---|
| Piano | Jean Martin |
1er septembre 2005
Philippe Herreweghe - Requiem - Lacrimosa (Larghetto) (Mozart)
Franchement, marquer le retour des vacances par un requiem, c'est un peu glauque. Mais ce n'est pas
de ma faute si un vendeur de la Fnac a placé sous mon nez une très attrayante
réédition par Harmonia Mundi d'un enregistrement qui s'est avéré
contenir l'interprétation qui m'ait le plus bouleversé à ce jour d'une
œuvre qui m'avait pourtant déjà maintes fois ému.
Ecoutez ce Lacrimosa : le chœur (Collegium Vocale Gent, sublime) entonne d'un seul corps
cette mélodie qui, entre piété et fureur, exhorte, supplie, pleure. Mozart est
divin, ici plus qu'ailleurs. Ce lacrimosa est la dernière œuvre qu'il ait écrite
de sa main, fin novembre 1791 ; dans la nuit du 4 au 5 décembre il
s'éteignait.
Le reste du Requiem est à l'avenant. Chef d'œuvre est un bien faible mot. Bien
sûr, on sent quelque peu ce qui est de la main de Mozart, et ce qui est de la main de son
élève Süssmayr : si on ne descent pas du septième ciel jusqu'à
ce Lacrimosa, ce qui suit est moins intense. Mais dans le fond ce n'est peut-être pas plus
mal, cette fin moins dense permet de respirer un peu, avant de terminer par la communion (Lux
aeterna) qui reprend, avec d'autres paroles, le thème de l'Introitus (qui était, lui,
de la main de Mozart).
Quand à cette interprétation, dirigée par Philippe Herreweghe, elle est un peu
plus inégale. Si, comme je l'écrivais plus haut, ce Lacrimosa est le plus parfait de
ceux que j'aie entendus, et si je peux en dire autant du Rex Tremendae et du Confutatis qui le
précèdent, d'autres passages sont un petit plus mous ou flous, tels que le Dies Irae,
où l'orchestre semble à la poursuite d'un chœur plus motivé que lui.
Quant aux chanteurs solistes, ils ne sont malheureusement pas du tout à la hauteur (à
part le ténor Ian Bostridge) : timbre ingrat, vibrato insupportable pour une œuvre
religieuse ; le contraire même du chœur, divin (et magnifiquement servi par la
prise de son) !
Mais qu'importe la bouteille à moitié vide : ne serait-ce que pour trois pistes
de magie pure, la découverte de ce disque marquera définitivement mon année
musicale 2005.
(Exceptionnellement, l'encodage mp3 a été effectué avec un taux de compression
moins important que d'accoutumée, afin de restituer au mieux la prise de son).
Quand de la cendre
Surgira l'homme coupable, face au Juge !
Pardonne-lui donc, ô mon Dieu.
Et toi, Seigneur, doux Jésus,
Donne-leur le repos. Amen.
qua resurget ex favilla
judicandus homo res:
Huix ergo parce, Deus.
Pie Jesu Domine,
dona eis requiem. Amen.
| Chœur | Collegium Vocale Gent |
|---|---|
| Compositeur | Wolfgang Amadeus Mozart |
| Direction | Philippe Herreweghe |
| Orchestre | La Chapelle Royale |
Mozart - Philippe Herreweghe - Requiem
Harmonia Mundi (le CD vient d'être réédité dans le cadre de la "Harmonia Mundi Mozart Edition") (8)
7 août 2005
Richard Blareau - Le petit amant (Maurice Yvain)
"Quoi de plus charmant / Qu'un petit amant…" Un refrain qui mériterait
d'être sur toutes les lèvres…
Maurice Yvain est un compositeur jusque là plutôt ignoré -- injustement -- mais
la négligence dont il est victime est peut-être en passe d'être
réparée. En témoignent l'hommage que lui a rendu Alain Resnais en choisissant
l'une de ses opérettes, "Pas sur la bouche" (dont je parle ici (lien)), comme intrigue de son
dernier film, et le disque dont est extrait ce passage, résurgence d'un enregistrement de
1956, fort bien restauré. Léger et brillant : deux adjectifs qui s'appliquent
également aux textes et à la musique.
Se disent chaque saison :
"Ah mon Dieu ! Comment vais-je faire
Pour m'chauffer c't hiver ?
Est-il plus commode de prendre
Un Godin, une Salamandre ?
Ou s'il fait peu froid,
Suffira-t-il d'un bon feu d'bois ?"
Moi j'vous l'dis sans ambages,
Je connais pour l'hiver
Un système de chauffage
Qui r'vient beaucoup moins cher…
Quoi de plus charmant
Qu'un petit amant
C'est moins laid qu'un radiateur
Ou qu'une bouche de chaleur
Quoi de plus charmant
Qu'un petit amant
C'est facile comme entretien
Ca n'consomme presque rien
Si vous avez la chair de poule
Dans l'dodo c'est plus chaud qu'une boule
Par un temps glacial,
C'est l'poêle idéal,
On n'fait rien d'mieux
Comme chauffage central !
Embarras cruel,
Tout'les femmes dans leur sabot
S' disent : "Qu'aurais-je de beau ?"
Pas une qui ne soit en peine
Sur le choix de ses étrennes
Est-il mieux d'avoir
Un gros brillant ou un sautoir ?
Moi je vous l'dis sans phrases,
J'connais pas loin d'ici
Ah mes dames, une case
Qui vaut mieux qu'tout ceci…
Quoi de plus charmant
Qu'un petit amant
Dont les bras savent vous lier
Ca vaut tous les colliers
Quoi de plus charmant
Qu'un petit amant
Qui vous saute au cou chaqu'soir
Ca vaut tous les sautoirs
Ca vous embellit, ça vous pare
Il n'est pas de perle plus rare
Quoi d'moins cher vraiment
Qu'un petit amant
Qu'on peut ach'ter
À tempérament ?
| Chant | Max De Rieux |
|---|---|
| Direction | Richard Blareau |
| Musique | Maurice Yvain |
| Paroles | Albert Willemetz |
| Paroles | Yves Mirande |
3 août 2005
Angela Hewitt - Partita no.1, BWV 825 (Johann Sebastian Bach)
Je n'ai toujours pas de piano chez moi, et les rares occasions que j'ai en d'en jouer se
présentent lorsque je "rentre" chez mes parents, qui ont toujours dans leur salon
l'instrument sur lequel j'ai fait mes gammes. Et justement, je viens de passer une semaine chez eux,
l'opportunité pour moi d'en jouer un peu sérieusement.
Au piano, j'ai toujours entrevu deux types d'écriture : l'écriture horizontale
et l'écriture verticale. Entendez par là que, sur la partition, les notes
s'étalent soit horizontalement (pour se succéder dans le temps, ce qui ne les
empêche malgré tout pas de se combiner verticalement pour former ce que les âmes
savantes appelleraient contrepoint, je crois), soient verticalement (pour former des accords).
L'archétype de la première serait pour moi Bach, et le maître de la seconde
serait Chopin (bien sûr, en y regardant de plus près, on peut trouver de nombreux
contre-exemples, mais bon).
Or justement, j'ai toujours été plus doué pour déchiffrer le style
vertical que le style horizontal. Un accord de douze notes (oui, oui, ça existe : le
pouce de chaque main peut enfoncer deux touches à la fois) ne me fait pas peur, sauf à
être particulièrement exotique. Alors que voir comment une série de double ou
triple-croches, lorsqu'elles ne forment pas une suite avec un motif facilement repérable, va
évoluer, me paraît nettement plus difficile, en tout cas en première lecture.
Tout ça pour dire que c'est peut-être pour cela que je me sens beaucoup plus familier
de Chopin que de Bach.
Déséquilibre que j'ai essayé d'atténuer cette semaine, avec cette
partita de Bach. Voilà quelques temps que je l'avais découverte en disque, dans une
version de la pianiste canadienne Angela Hewitt. Et non seulement je ne suis pas lassé de
l'écouter dans ma voiture (à ma grande surprise, vu que Bach et moi n'étions
pas réputés avoir beaucoup d'accointances), mais je me suis encore moins lassé
de la jouer. Que l'on se rassure : je ne vais pas exposer ma pauvre interprétation de
l'œuvre, mais plutôt celle d'Angela Hewitt, qui est intelligente, variée,
spirituelle, etc. Welcome to the Bach world.
Attention : pour ne pas atteindre allégrement les 17 minutes que dure la partita, et
pour garder un peu de surprise pour le moment où vous découvrirez le disque (la
pianiste varie les nuances et ajoute des ornementations dans les reprises), j'ai effectué les
coupures suivantes :
1:50 - 2. Allemande (reprise de la partie 1, et exposition de la partie 2 coupées)
3:24 - 3. Corrente (reprise de la partie 1, et exposition de la partie 2 coupées)
5:02 - Sarabande (reprises coupées)
7:16 - Menuets 1 et 2 (menuet 1 da capo coupé)
9:11 - Giga (reprise de la partie 1 et exposition de la partie 2 coupées)
| Compositeur | Johann Sebastian Bach |
|---|---|
| Piano | Angela Hewitt |
23 juillet 2005
Fabulous Trobadors - Demain
La chanson vient d'être (très bien) reprise par JP Nataf, Mathieu Boogaerts et les Bombes 2 Bal (tout ça, oui !) dans un album réalisé à sa propre gloire par le label Tôt ou Tard, celui qui héberge les parfois raillés nouveaux talents de la chanson française. En réalité, ces talents ne sont pas forcément nouveaux, mais ils sont bien des talents. Tels les Fabulous Trobadors, issus de cette écurie, qui ont tenté dans l'album "Duels de tchatche", parmi de virtuoses joutes verbales semi-chantées, une chanson plus traditionnelle. Résultat, ce poème en guise d'avertissement aux vélléitaires, aux abouliques et aux pusillanimes. Carpe Diem, mais faut pas s'endormir, con.
Demain, c'est là le paradis
Demain en demain s'éternise
Demain fuit qui le poursuit
Demain, c'est la terre promise
Demain, c'est là le paradis
Demain en demain s'éternise
Demain décourage aujourd'hui.
| Interprète | Fabulous Trobadors |
|---|
26 juin 2005
Ileana Cotrubas, Carlos Kleiber - La Traviata - Sempre libera (Giuseppe Verdi)
Difficile de suivre le cheminement de pensée qui mène de Maria Callas aux
interprétations de Kleiber ! Mais pas impossible : ainsi hier, je discutais avec un
(ex ?) ami, qui voulait absolument me convaincre que Maria Callas était la plus grande
cantatrice de tous les temps. Il faut préciser que pour moi le plus grand mystère chez
cette femme est la vénération qu'elle suscite ! Quand je l'écoute,
j'entends surtout une chanteuse qui chante faux. Mais déstabilisé par
l'exaspération de mon interlocuteur qu'entraînaient mes propos médisants, je me
suis dis que je l'avais peut-être mal jugée, et que lui accorder une seconde chance
devenait urgent. En avant donc pour une petite compilation consacrée à la diva.
Passons sur le timbre, qui relève vraiment de la préférence de chacun, il faut
reconnaître qu'elle fait preuve d'une grande subtilité dans l'air
archi-célèbre de "La Wally". Mais c'est en l'entendant dans la Traviata que
j'ai commencé à souffrir ! Faux du début jusqu'à la fin. Afin de me
remettre de mes émotions, je me suis donc tourné vers la version de la Traviata qui
fait référence à mes oreilles : j'ai nommé celle de 1977, par
Carlos Kleiber à la direction, et Ileana Cotrubas, dans le rôle de Violetta (le
même que celui incarné par la Callas dans l'extrait qui m'avait souffrir). Si le timbre
d'Ileana Cotrubas, plus léger, a ma préférence, il faut reconnaître
qu'elle n'est pas non plus exempte de défauts. Au moins, elle a le mérite de chanter
juste. Mais chassez le naturel, il revient au galop : je n'ai jamais été un grand
amateur de voix lyriques, et c'est donc la direction de Kleiber qui me ravit le plus dans cet
enregistrement. Ce qui m'a fait penser à tout autre chose, que j'ai entendu cet
après-midi : un disque consacré à d'aimables compositions de Fritz
Kreisler, interprété par un jeune violoniste canadien, James Ehnes. Si Liebesfreud
change un peu de ce que l'on a l'habitude d'entendre, quelque chose m'a paru manquer, et c'est en
pensant à Kleiber que j'ai trouvé : ce que Ehnes n'a pas, c'est la grâce et
la légèreté tournoyantes que Kleiber donne aux valses. Ce que l'on pourrait
peut-être qualifier d'esprit viennois. Ce tempo fluctuant, au sein même d'une cellule
rythmique de trois temps, cette légère hésitation, comme un envol interrompu,
avant de reprendre de plus belle. Cette grâce qu'a trouvée Kleiber, je voudrais
l'illustrer, non dans une bête valse viennoise, ce qui serait trop facile, mais dans ce
passage issu de la Traviata, dont je causais tout à l'heure, interprété
là aussi par Ileana Cotrubas, à la voix très juvénile.
Petite référence cinématographique pour finir : Gérard Corbiau,
dont tous les films ont pour sujet la musique (Farinelli est son plus célèbre) a
commencé par un film relativement méconnu, "Le maître de musique",
avec la basse José van Dam, et dont une des scènes finales donne la vedette à
cet air. J'ai été saisi par cette scène la première fois que je l'ai
vue, et je vous souhaite d'éprouver le même frisson si vous n'avez pas encore eu la
chance de voir ce film.
| Compositeur | Giuseppe Verdi |
|---|---|
| Direction | Carlos Kleiber |
| Orchestre | Bayerisches Staatsorchester |
| Violetta | Ileana Cotrubas |
20 juin 2005
Carl Maria von Weber - Adagio e Rondo ungarese : II - Rondo
L'orchestre héberge des talents comiques à qui l'on donne trop rarement la parole. Certes, le violon a sa virtuosité, le violoncelle sa noblesse, la clarinette sa sensualité, la trompette sa brillance… Mais connaissez-vous le basson ? Il a le timbre et la prestance d'un éléphanteau en pleine mue, et quand il s'attaque à un rondo à la hongroise, on sourit devant cette attendrissante tentative du vilain petit canard de se hisser parmi les cygnes. Bon d'accord, je suis méchant : quelques compositeurs ont offert à cet instrument de très belles pages et ont exploité son timbre pour exprimer une très belle mélancolie. Mais rappelons aussi que Prokoviev a confié au basson le rôle du… canard, qui n'est pas le roi des oiseaux ! Et que dire du rôle confié ici par Carl Maria von Weber : le basson déboule dans ce rondo "à la hongroise", bonhomme et pimpant, en barissotant sa bonne humeur… A se demander si le compositeur n'était pas tenté par l'envie de se moquer un peu. Mais comme la pièce est bien construite, et joliment orchestrée, et que l'instrument soliste assume pleinement son rôle, on finit par sourire avec lui plutôt qu'à ses dépens. Weber s'est un peu fait éclipser par des contemporains encombrants tels que Beethoven, mais la joliesse de ses œuvres, à défaut d'un caractère révolutionnaire, est à découvrir.
| Basson | Laurence Perkins |
|---|---|
| Compositeur | Carl Maria von Weber |
| Direction | Douglas Boyd |
| Orchestre | Manchester Camerata |
1er juin 2005
Fabien Martin - La vie morose
Il a été signalé par la presse spécialisée il y a quelques mois de cela mais je l'avais raté semble-t-il… L'occasion de me rattrapper m'a été donnée aujourd'hui. Fabien Martin a des arrangements assez classiques, mais un son particulièrement soigné ! Si on y ajoute de très belles mélodies, et si l'on ferme les yeux (les oreilles ?) sur une voix un peu faible (pourtant belle par moments), voici de quoi se faire plaisir avec un clin d'œil à Edith Piaf, dans un style assez représentatif de l'album en général.
| Interprète | Fabien Martin |
|---|
15 mai 2005
Gabriel Fauré - La Pavane (version pour voix mixtes et piano)
Cet air doit sa célébrité à quelque parfum qui l'avait choisi pour
accompagner sa publicité à la fin des années 80. Pour ma part, c'est ma prof de
solfège (qui allait devenir ma prof de piano ensuite) qui avait mis un nom sur cet air :
La Pavane de Fauré.
Voici un air dont je subodore qu'il rentre dans la catégorie de ceux qui s'usent à
l'écoute. Raison de ne pas en abuser, mais aussi d'en profiter tant qu'il est encore temps.
Je viens de découvrir cette version, qui expose la mélodie et l'harmonie au piano,
avant de laisser des voix masculines et féminines le reprendre tour à tour. J'aime
tout : les voix, l'acoustique, mais avant tout le piano, qui expose la juste essence de cet
air, avec une subtilité et une volupté sans tapage, que l'on doit autant au
compositeur qu'à l'interprète.
| Compositeur | Gabriel Fauré |
|---|---|
| Direction | Bernard Têtu |
| Formation | Solistes de Lyon |
| Piano | Jean-Claude Pennetier |
1er mai 2005
De Palmas - Sur la route (version guitare seule)
Voilà un petit moment que je voulais consacrer quelques lignes à cette chanson, que j'ai découverte il y a un mois ou deux seulement. Il ne s'agit pas de la version que tout le monde connaît pour l'avoir entendue et ré-entendue à la radio. La configuration est ici beaucoup plus simple : une voix, une guitare. Pilotées par le seul et même De Palmas. La guitare a ceci de particulier d'être un instrument à la fois rythmique (il suffit de taper ou de gratter) et mélodique (il "suffit" de placer ses doigts sur les cordes). En voici une jouissive démonstration, qui démontre au passage le talent de De Palmas.
| Interprète | De Palmas |
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28 avril 2005
Bumcello - Beautiful You
Puisque rien de récent n'atteint mes oreilles en ce moment, je vais plutôt rendre compte de la découverte récente d'une chanson pas si jeune que ça. J'ai entendu lundi sur France Inter, enfin sortie de son extinction de voix syndicale et bi-annuelle, cette habile superposition d'une déclamation slammeuse (deux "m") et d'une mélodie lyrique. Les contraires font parfois bon ménage, la preuve.
| Interprète | Bumcello |
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6 avril 2005
Beaux-Arts Trio - Trio élégiaque no.1 (Sergei Rachmaninov)
Bien moins connu que le trio avec piano de Tchaïkovski, voici une œuvre qui en cache à peine l'influence. Ce trio fait d'un seul mouvement est assez mineur dans l'œuvre de Rachmaninov, y compris du point de vue du compositeur, qui ne l'a jamais fait publier de son vivant. C'est un peu long, à la manière d'un Brahms, excessivement lyrique, à la manière d'un Tchaïkovski, pas très équilibré entre les trois instruments, à la manière d'un pianiste (c'est-à-dire avec le piano qui parle plus fort et qui écrase les autres). Mais les trois premières minutes ne sont-elles pas sublimes ? Tout de suite, les cordes installent une tension, majestueusement dominée par le piano-roi, auxquelles les cordes semblent répondre avec une fébrile agitation. Puis s'inversent les rôles, comme change l'atmosphère : la même mélodie prend une autre lumière, s'élançant sur des dizaines de mesure avec la certitude de sa force. Le Beaux-Arts Trio, illuminé par son charismatique pianiste, Menahem Pressler, joue tout cela avec la hauteur nécessaire. Dans cette musique expansive ils donnent toute leur âme ; à ces longues phrases ils donnent toute leur amplitude.
| Compositeur | Sergei Rachmaninov |
|---|---|
| Interprète | Beaux-Arts Trio |
28 février 2005
Juliette - Le p'tit non
A l'occasion de la sortie du nouvel album de Juliette, Mutatis Mutandis, un peu décevant ma foi, tournons-nous vers des valeurs sûres : cela fait déjà bien des années que je fréquente l'album dont est extrait cette chanson. Il m'est bien difficile de n'en choisir qu'une, tant le tout s'écoute d'un bout à l'autre avec le même sourire béat. Mais puisqu'il n'en faut choisir qu'un, en voici le moment d'émotion la plus petite en même temps que la plus intense… A "deux piano" (c'est le titre, le deuxième piano étant piloté par Didier Goret), Juliette a vraiment offert à la Salle Gaveau une sélection de ses meilleurs titres.
Sur les lèvres d'Anna
Quand je lui d'mande
Encore un peu d'amour
Ca c'est d'l'horreur,
Ca c'est d'l'assassinat,
D'la mort qui pue,
Et d'la griffe de vautour,
Anna, ma douce Anna,
Mon p'tit mouton,
Toutes les autres morts
Qu'est-ce que tu veux qu'ça me fasse ?
Mais ce p'tit non
Qui répond toujours
Non, non, non
Ce p'tit non-là
C'est d'la mort dégueulasse
Qui faucha l'gros lapin
Le p'tit couteau
Dans le cœur de Marie
Le p'tit éclair
Sur l'épaule de Firmin
Mon Dieu, tout ça
C'est d'la mort en série
Mon Dieu, tout ça
C'est d'la mort en série
Le p'tit crochet
Dans la bouche du gardon
Le p'tit poison
Qui mordille l'sang d'Adèle
Le p'tit microbe
Dans l'intestin d'Raymond,
Mon Dieu, tout ça
C'est d'la mort naturelle
Mon Dieu, tout ça
C'est d'la mort naturelle
Le p'tit vent creux
Dans les poumons d'Julot
Le p'tit lacet
Qui serra l'cou du loir
Le p'tit marteau
Sur la caboche du veau
Mon Dieu, tout ça
C'est d'la mort accessoire
Mon Dieu, tout ça
C'est d'la mort accessoire
| Chant, piano, musique | Juliette |
|---|---|
| Paroles | Norge |
| Piano | Didier Goret |
20 février 2005
Eric Le Sage - Initial Dances (Guillaume Connesson)
Après m'être énervé contre certains compositeurs de musique contemporaine
dont le diamètre des chevilles excède la profondeur de l'œuvre ((lien)), j'ai
éprouvé quelques remords, mais surtout une crainte : celle de passer pour un
vieux con. Alors voici quelque chose que j'ai découvert hier et qui m'a plu. Et c'est de la
musique contemporaine. Je reprochais à Boulez de ne pas avoir l'art de concilier
liberté et forme ; ce n'est pas le cas ici : c'est libre et pourtant on y trouve un
cadre permettant à nos oreilles d'occidentaux de s'y retrouver.
Je ne m'étendrai pas sur le talent d'Eric Le Sage, qu'on peut retrouver ailleurs dans ces
rubriques ((lien)),
mais je remarquerai en revanche la prégnance du rythme sur la mélodie dans ce morceau
(et dans la plupart des autres œuvres entendues de ce compositeur). Autant le laisser
s'expliquer, d'ailleurs : "La F.K. Dance (F.K. est à la fois une
référence au Funk et une dédicace secrète) utilise un thème de
huit notes qui va être développé dans un mouvement sauvage très virtuose,
où l'on trouve des bribes de boogie, des ostinatos funky et une transe rythmique qui
désagrège peu à peu le thème principal, jusqu'aux derniers
accords".
Ironie de l'histoire, Guillaume Connesson a déjà dédicacé certaines de
ses œuvres à Pierre Boulez… C'est un peu comme dans certaines familles : le
talent saute une génération !
Pour ceux qui seraient rétifs à la musique contemporaine, j'ajoute que ce morceau ne
dure pas plus de deux minutes…
| Compositeur | Guillaume Connesson |
|---|---|
| Piano | Eric Le Sage |
13 février 2005
Glière - Vier Stücke für Kontrabaß und Klavier op.32 - Scherzo
Glière est bien connu pour n'être pas très connu. Sauriez-vous dire, par
exemple, quelle est sa nationalité ? Attention, il y a un indice dans son nom…
L'indice, c'est bien sûr le "Moritsévitch" (le -itch qu'on trouve
accolé à un prénom en russe signifie "fils de" : autrement dit,
le petit Reinhold était fils de Morits, à l'orthographe près). Il était
donc russe, et c'est d'ailleurs sous l'URSS qu'il s'est fait le plus connaître de ses
compatriotes. 1875-1956, pour ceux qui aiment les dates. Pile entre Tchaïkosvski et
Chostakovitch, si on peut dire. Mais plus proche du premier que du second en matière de
musique.
Bref, si j'ai sélectionné ce morceau aujourd'hui, ce n'est pas pour faire un cours de
russe (comme si j'en étais capable) mais parce que j'ai flashé sur ces quatre
pièces pour contrebasse. L'instrument a rarement droit à l'honneur d'être mis en
vedette (il partage l'espace avec le piano, mais que l'on ne s'y trompe pas, c'est toujours le
musicien qui reste debout que l'on considère comme la vedette du spectacle). Et sur cette
pièce particulièrement pour l'énergie qui s'en dégage. Imaginez bien que
se mouvoir sur une contrebasse est une autre affaire que sur un violon : les cordes sont
fichtrement plus longues, et les écarts à effectuer itou. Mais celui qui
déploie le plus d'énergie à mon goût dans cet enregistrement, c'est le
pianiste (sans vouloir minimiser le talent ni le mérite du contrebassiste).
De ce même duo très original, j'ajouterai bientôt un autre extrait qui a au
moins autant ma faveur (dans la catégorie "Tu me fais tourner la tête" (lien)).
| Compositeur | Reinhold Morisévitch Glière |
|---|---|
| Contrebasse | Bozo Paradzik |
| Piano | Ulrich Rademacher |
21 janvier 2005
Wolfgang Amadeus Mozart - Exsultate, Jubilate K.165 - Allegro
Histoire de rester dans la musique religieuse mozartienne, écoutons cet Exsultate, Jubilate.
Pas besoin d'être un fin latiniste pour comprendre que cette musique est pleine
d'allégresse, de fraîcheur... et de jeunesse. Car Mozart n'avait que douze ans
lorsqu'il composa cette pièce !
La forme est très bien maîtrisée, et on reconnaît entre mille la
pâte du compositeur. Mon passage préféré se situe à 3'23",
lors des vocalises finement filées ici par la soprano Barbara Bonney. De quoi voir la vie du
bon côté…
Les autres mouvements sont tout aussi intéressants. En particulier le dernier (Alleluia),
dont je publierai peut-être un jour un extrait, si j'en trouve une interprétation qui
me satisfait enfin totalement.
| Chœur | The English Choir |
|---|---|
| Compositeur | Wolfgang Amadeus Mozart |
| Direction | Trevor Pinnock |
| Orchestre | The English Orchestra |
| Soprano | Barbara Bonney |
7 janvier 2005
Wolfgang Amadeus Mozart - Ave Verum Corpus, K.618
Double signe que le ciel m'envoie cette semaine ! Durant "La leçon de musique de
Jean-François Zygel" consacrée à Lizst et donnée à Toulouse
mardi, le musicien cite le compositeur hongrois dans l' "Evocation à la Chapelle
Sixtine", qui contient (en plus du Miserere d'Allegri) une citation de l'Ave Verum Corpus, de
Mozart. Dans la tonitruance lisztienne, c'est un moment de grâce où les aigus de
l'orgue portent cet air céleste. Et ce soir, au cours d'un concert à la Halle aux
Grains, tel un miracle que l'on attend pas, Claus Peter Flor enchaîne sur une
interprétation passionnée du Requiem la version originale de l'Ave Verum Corpus. Un
bis avant tout applaudissement, en quelque sorte… Merveilleux cadeau, que j'aimerais bien
faire partager ici.
Comme peut le laisser deviner son numéro dans le catalogue Köchel (musicologue qui a
classifié toute la musique de Mozart et numéroté ses œuvres par ordres
chronologiques, de 1 à 626), Mozart a composé cet Ave Verum Corpus à la fin de
sa vie, pour un ami chef de chœur à Baden (Anton Stoll). Il y a une profondeur et un
recueillement incroyables dans ce morceau, quasi inexplicables vue la simplicité apparente de
la mélodie. De l'art dans toute sa maîtrise…
Ô véritable corps, né de la Vierge Marie,
Qui a été supplicié et sacrifié pour l'humanité,
Dont le côté a été transpercé, d'où l'eau et le sang ont jailli,
Soit pour nous un avant-goût du paradis, dans l'examen de la mort.
Ave verum Corpus, natum de Maria Virgine
Vere passum, immolatum in cruce pro homine
Cujus latus perforatum, unda fluxit et sanguine
Esto nobis praegustatum in mortis examine
| Chœur | Capella Brugensis |
|---|---|
| Compositeur | Wolfgang Amadeus Mozart |
| Direction | Patrick Perire |
| Orchestre | Collegium Instrumentale Brugense |
.
Merci!