Bernard Lavilliers
If
Je me demandais ce que je voulais être, voici l'expression exacte de la réponse,
quelqu'un l'a écrite pour moi.
Globalement, en comparant le poème original et la version de Maurois je trouve que la
traduction dépasse le texte de Kipling. Sauf pour le dernier paragraphe, qui sombre dans une
grandiloquence tout à fait inutile et absente de la version anglaise. Bernard Lavilliers a
mis ce texte en musique, de façon un peu inégale mais avec des moments de grâce.
Mais le mérite de l'avoir choisi, et de me l'avoir fait découvrir, est tout à
lui.
(Note : si la mélodie qui soutient le vers "Rêver, sans laisser ton
rêve être ton maître" vous en rappelle une autre, ne cherchez plus, vous ne
rêvez pas : on entend la même dans "Vivre" de la comédie musicale
"Notre Dame de Paris", chantée par Noa(lien)).
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles,
Sans mentir toi-même d'un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser, sans n'être qu'un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront ;
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un Homme, mon Fils.
Crédits
| Interprète | Bernard Lavilliers |
|---|---|
| Paroles | André Maurois |
| Poème original | Rudyard Kipling |
| Ajouté le | 13 décembre 2004 |