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Variations autour d'un ciel étoilé

In the Still of the Night

Un élan passionné vers la hauteur de la nuit.


Cole Porter, auteur de cet extatique et suspendu moment nocturne, est peut-être un peu moins connu que ses innombrables compositions, mais ceux qui reconnaissent son nom le classent invariablement dans la catégorie romantique-feutré. C'est un peu réducteur si l'on considère toute sa production, et carrément faux si l'on se réfère à sa personnalité. Elevé et choyé par une mère omniprésente, fille d'un des plus riches hommes d'affaire de l'Indiana, le petit Cole Porter a d'abord dû sa précoce notoriété aux nombreux coups de piston activés par sa génitrice, avant de voler plus modestement de ses propres ailes ; son départ pour Paris, en pleine première guerre mondiale, lui donnera un coup de pouce indéniable : car en Europe, il fréquentera le monde, le beau et le moins beau, touchera à toutes les drogues, séduira les puissants et les notables, usera de son charme auprès du sexe fort qu'il pratiquera de façon assidue, tout en racontant à son retour aux Etats-Unis à quel point il a été un héros de l'armée française sur le front allemand, s'attirant ainsi l'admiration et le respect des plus républicains. Pas à un mensonge près, il s'arrangera un mariage très platonique tout en fréquentant de moins en moins discrètement tout ce qu'Hollywood compte d'homosexuels.

L'année 1937, année de la composition de cette chanson, est aussi un tournant de la vie de son auteur : son intégrité corporelle est définitivement compromise par une chute de cheval au cours de laquelle il se casse les deux jambes. L'homme coquet et séduisant ne se remettra jamais complètement de cette atteinte physique : en 1958, on doit l'amputer de la jambe droite : c'est le début de la fin, qui se concrétise en 1964.

Mais revenons au sujet : In the Still of the Night. Cette chanson fut composée pour le film Rosalie, réalisé par William S. Van Dycke, petite comédie musicale relatant une improbable histoire d'amours contrariées mais avec happy end entre une princesse issue d'un obscur et instable pays d'Europe Centrale et un footballeur américain. La chanson y était originellement intérprétée par l'acteur principal, Nelson Eddy(lien) (NDLR: trouver cette chanson ne fut pas une mince affaire...) L'interprétation est plutôt ampoulée, et pour ainsi dire insignifiante. Une entrée en matière qui ne donne pas vraiment sa chance à la chanson, mais qui laisse beaucoup de terrains pour les reprises dépassant l'original...

Mais 1937 était une autre époque, les chansons appartenaient à tout le monde, et celle-ci fut aussitôt reprise par d'autres célébrités, principalement pour diffusion radiophonique. Ainsi Tommy Dorsey atteint-il la place numéro 3 des charts avec cette version(lien) l'année même de la sortie du film. Constituée d'une très longue introduction instrumentale à la sourdine (de trompette), immédiatement caractéristique, suivie de la suave interprétation du chanteur, cette chanson sera très plaisante pour reconstituer une atmosphère années 30. A peine plus jeune, et assez semblable (sans l'introduction instrumentale), on s'intéressera tout autant à la version de Jo Stafford(lien) (qui est une femme, signalons-le, quoique l'écoute laisse peu de doutes là-dessus). Il vaudra mieux tout de même choisir entre les deux, vu la ressemblance : pour ma part, je prendrai l'introduction de la version Tommy Dorsey, et l'interprétation de Jo Stafford, qui s'envole un peu plus sans gâter l'atmosphère nocturne, forcément propices aux regards doux et énamourés.

Produite un peu plud tard, la version Perry Como(lien) se laisse écouter, sans toutefois faire de l'ombre à ses voisines. La version qu'offrent Stéphane Grapelli et Django Reinhart(lien) est en revanche très originale, à tel point qu'on peine à y reconnaître l'air de la chanson : les musiciens ne jouent en effet que le contre-chant ! Basse répétitive et mélodie tournée de façon anecdotique, cette version semble se moquer de l'original...

Les années soixante se sont aussi intéressées à la chose. A commencer par cette version de Doc Severinsen(lien), alter ego d'un autre habitué des reprises, Ray Conniff, genre easy listening jazzy à base de cuivres et de voix sixties. On notera l'authentique utilisation du support microsillon dans l'extrait sélectionné, pittoresque sceau de son authenticité. Dans le genre groupe orchestral, on peut également accorder quelques instants à la chanson façon Mantovani(lien), dont le nom, quelle que soit la chanson choisie, se trouvera dans la liste des reprises. Bien plus intéressant est ce curieux enregistrement(lien) où l'on retrouve un coeur façon sixties, autour duquel s'affaire le saxophoniste Charlie Parker (Bird pour les intimes). Pour ma part, j'ai toujours du mal à ne pas éprouver à l'écoute de ce genre de saxophoneries une impression identique à celle que m'inspire un moustique qui s'agite autour de ma tête ; il est néanmoins indiscutable que cette version chauffe l'ambiance... A tel point que nous nous éloignons de l'esprit de la chanson. Retournons-y.

Car tous ces enregistrements ne sont qu'anecdotes comparés à ce qu'en a fait Dion et ses Belmonts(lien). Ce chanteur n'aura traversé que les années soixante, et je ne peux m'empêcher de penser qu'il aura en partie "inspiré" Johnny Halliday. Mais là, que dire de cette version, si ce n'est qu'elle sublime la chanson ! Exploitant la relativement nouvelle stereo, les instruments se répartissent de part et d'autres du chanteur : à ma gauche, les coeurs, les percussions et la basse ; à ma droite, guitare, saxos et merimba. Le tout pour un moment à la limite du kitsch, mais tellement sincère et talentueux qu'on abandonne tout second degré, poison du plaisir de base (mais aiguillon des plaisirs sophistiqués...)

Avant d'en finir avec les années soixante, je ne peux passer sous silence la classieuse interprétation de Shirley Bassey(lien). Trois avant le générique de Goldfinger, sa voix explosive se vautrait déjà sur un grand orchestre symphonique avant de rebondir sur des rythmes plus brésiliens.

Que nous reste-t-il ? Peut-être le meilleur, du côté du jazz bien évidemment. On commence d'abord par la version royale d'Ella Fitzgerald(lien) (je le répète à chaque fois mais y a-t-il une seule chanson que cette dame ait ratée ?) Utilisant la même rythmique que Dion, avec néanmoins un accompagnement beaucoup plus classique (un orchestre), tout est encore une fois dans la voix : prenant ses bases dans les profondeurs du grave, la voix s'élève très vite avec une légèreté et une douceur inimitées. Cette combinaison de clair velouté et de capacité à l'envol répond idéalement aux besoins de la chanson. Mais je serai mesquin de ne pas citer la version qui me procure toujours le plus grand plaisir : celle de Dick Hyman(lien), pianiste américain regrettablement peu connnu de ce côté de l'Atlantique, beaucoup plus de l'autre (une bonne soixantaine de CD à son actif ; on n'arrive pas à compter les microsillons). Pour le situer, c'est le compositeur / arrangeur de tous les films de Woody Allen, lorsque ses films comportent de la musique originale ou réenregistrée (parmi les derniers films je citerai Tout le monde dit I love you et Accords et désaccords). Dick Hyman, donc, est un pianiste extrêmement vif, d'une précision rythmique et digitale hallucinante, grand improvisateur, toujours rigoureux dans son jeu et dans ses citations. Mais le plus agréable dans son jeu est qu'il donne immanquablement l'envie de battre du pied (ou des doigs, ou des mains, ou de toute partie du corps capable de bruit). Ce gars est à découvrir, bougez-vous. Ici la version qu'il donne de In the Still of the Night est une publicité idéale pour le reste de ses disques. On ne pourra que se scandaliser des applaudissements très modérés que sa prestation suscite (enregistrée au Maybeck Hall, lors d'un concert consacré à la musique de 1937).

Tant qu'à s'éloigner de l'esprit de la chanson, pourquoi ne pas s'offrir une petite bossa nova ? C'est ce que propose Mel Tormé et le Boss Brass(lien), dans un duo bizarre où se côtoient la voix embrumée du chanteur et les cuivres rutilants du band.

Bien sûr, ces versions donnent la pêche, et nous font perdre à nouveau l'esprit nocture et contemplatif de la chanson. Retournons-y progressivement, en calmant le rythme. La voix juvénile de la très contemporaine Stacey Kent(lien) va nous servir de guide : certes c'est plutôt swing mais le tout est susurré, de façon très plaisante d'ailleurs. Continuons avec Frank Sinatra(lien), qui restitue authentiquement l'esprit de la chanson, tout en y insufflant un rien de jazz, le tout en live. Indiscutablement réussi. Et enfin terminons dans le calme et la sérénité absolue avec l' instrument chantre de la modestie des décibels, la guitare, manipulée par son maître Carlos Barbarosa-Lima(lien).

On pourrait s'arrêter là, mais puisqu'elle est ici, pourquoi ne pas citer l'interprétation donnée par Aaron Neville(lien). D'accord, ça fait un peu chanteur pour mariages fauchés, mais pour apprécier ce qui sort du lot, il faut bien écouter le lot de temps à autres. Et si ce n'est pas assez, pourquoi ne pas considérer Engelbert Humperdinck(lien), qui a le mérite de rester fidèle à la chanson, même s'il se compromet irrémédiablement en achevant la chanson sur un solo de saxo "d'ascenseur", si je puis me permettre l'expression.

Le lecteur-auditeur qui aura pris connaissance, à l'aide de ses oreilles, de toutes les versions sus-citées, éprouvera peu de difficultés à restituer de mémoire les paroles de la chanson. Mais aura-t-il vraiment pris conscience de leur qualité poétique ? Car il ne s'agit pas de romantisme bas de gamme, une simple lecture à haute voix des lignes suivantes permettra de s'en assurer :

In the still of the night
As I gaze from my window
At the moon in its flight
My thoughts all stray to you.

In the still of the night
While the world is in slumber,
Oh, the times without number,
Darling, when I say to you

"Do you love me as I love you?
Are you my life-to-be, my dream come true?"
Or will this dream of mine
Fade out of sight

Like the moon growing dim
On the rim of the hill
In the chill still of the night?


La dernière strophe est une délectation pour la bouche…

Cole Porter sur le net

(lien)Cole Wide Web
(lien)The Cole Porter Reference Guide

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Il y a quelques mois de cela, j'ai décidé d'investir dans un casque "hi-fi", à la hauteur de ce qu'on peut obtenir avec un bon couple ampli/enceintes. 400€ pour un casque, c'est pas donné, mais si l'on considère ce qu'on obtient en ampli+enceintes avec la même somme, c'est finalement très intéressant. Ce casque, je l'ai trouvé à la suite d'un conseil dans la revue Diapason : le Sennheiser HD650. Et bien, c'est un plaisir de tous les instants. Les timbres sont riches, les aigus fins, le grave (très) charpenté, bref, sans prétendre à la neutralité, il atteint son équilibre, et toutes les musiques lui vont (l'idéal pour écouter les morceaux de ce site, en somme !). Aucune fatigue, que du plaisir, je le conseille vraiment.

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